Pratique

Rosaire : définition, 20 mystères et 200 Ave

Publié le 14 min de lecture

Sommaire
  1. En bref
  2. Rosaire : la définition
  3. D'où vient le rosaire
  4. Ce que contient le rosaire
  5. Comment se prie le rosaire
  6. Ce que l'Église attache au rosaire, et ce qu'elle n'y attache pas
  7. Une prière voisine qui n'est pas le rosaire
  8. Questions fréquentes
  9. Par où commencer

Le rosaire est une prière catholique de méditation, mariale par sa forme et christologique par son objet : on parcourt les grandes scènes de la vie de Jésus et de Marie, appelées « mystères », en récitant sur chacune une dizaine d'Ave Maria encadrée par un Notre Père et un Gloire au Père. Le Manuel des indulgences, texte en vigueur, le définit comme « une formule de prière déterminée » où des dizaines de salutations angéliques sont séparées par l'oraison dominicale, chacune accompagnant un mystère médité. Depuis le 16 octobre 2002, il compte vingt mystères et 200 Ave Maria ; avant, quinze mystères et 150 Ave.

En bref

  • Définition : une prière de méditation, où la répétition des Ave Maria porte la contemplation d'un épisode de l'Évangile. Sans elle, dit Paul VI, « le Rosaire est un corps sans âme ».
  • Composition : vingt mystères en quatre séries de cinq, joyeux, lumineux, douloureux, glorieux, soit 200 Ave Maria. Quinze mystères et 150 Ave avant octobre 2002.
  • Origine : la piété médiévale d'Occident, « substitut populaire de la Prière des Heures » (Catéchisme). Les 150 Ave répondent aux 150 psaumes, d'où le nom de « Psautier de la Vierge ».
  • Une dizaine : on énonce le mystère, on médite un bref instant, puis un Notre Père, dix Je vous salue Marie, un Gloire au Père.
  • Le mot désigne la prière, pas l'objet : l'objet s'appelle un chapelet, et cinq dizaines en une fois aussi.

Rosaire : la définition

Ce que dit le texte en vigueur

La définition la plus précise ne vient pas d'un dictionnaire, mais d'un texte juridique : le Manuel des indulgences (Enchiridion indulgentiarum), quatrième édition du 16 juillet 1999, publiée par la Pénitencerie apostolique. Sa concession 17 § 1 définit son objet avant d'en énoncer les conditions :

« Est Rosarium certa precandi formula, qua quindecim angelicarum salutationum decades, oratione dominica interiecta, distinguimus et ad earum singulas totidem nostrae reparationis mysteria pia meditatione recolimus. »

Le Rosaire est une formule de prière déterminée, par laquelle nous distinguons quinze dizaines de salutations angéliques, séparées par l'oraison dominicale, et par laquelle nous rappelons, à chacune d'elles, autant de mystères de notre rédemption par une pieuse méditation. (Notre traduction : le texte est en latin, et le mot rendu ici par « rédemption », reparatio, dit littéralement la réparation.)

Trois éléments font la définition. Une formule déterminée : le rosaire a une trame fixe, ce n'est pas une prière libre. Des dizaines de salutations angéliques séparées par l'oraison dominicale : dix Je vous salue Marie, un Notre Père, et ainsi de suite. Et à chaque dizaine, un mystère médité.

Ce troisième point n'est pas décoratif. Paul VI l'écrivait dans Marialis cultus (2 février 1974) : sans la contemplation, « le Rosaire est un corps sans âme, et sa récitation court le danger de devenir une répétition mécanique de formules ». Une dizaine récitée sans regarder le mystère n'est pas encore un rosaire.

Quinze mystères, puis vingt

Le texte de 1999 dit quinze dizaines parce qu'il précède la réforme de trois ans. Le 16 octobre 2002, par la lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae, Jean-Paul II ajoute cinq « mystères lumineux » consacrés à la vie publique du Christ, « afin de donner une consistance nettement plus christologique au Rosaire », et « tout en le laissant à la libre appréciation des personnes et des communautés ». L'ajout est proposé, pas imposé.

Depuis, le compte de référence est celui du Saint-Siège : « Le Rosaire est composé de vingt "mystères" […] de la vie de Jésus et de Marie, divisés, après la Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae, en quatre chapelets. » Vingt dizaines, 200 Ave Maria. Qui s'en tient aux quinze de la forme antérieure prie une forme légitime.

Le rosaire et le chapelet ne sont pas le même mot

Le rosaire est la prière entière ; le chapelet en désigne une portion, cinq dizaines dites en une fois, et aussi l'objet de grains qui sert à les compter, « l'instrument traditionnel pour la récitation du Rosaire » selon Jean-Paul II. La confusion des deux mots est ancienne, et nous l'avons démêlée dans chapelet ou rosaire.

D'où vient le rosaire

Le Catéchisme donne l'origine en une ligne, au numéro 2678 : « La piété médiévale de l'Occident a développé la prière du Rosaire, en substitut populaire de la Prière des Heures. » Les clercs disaient les 150 psaumes ; ceux qui ne lisaient pas ont récité 150 Ave Maria à leur place. Le rosaire, écrit Paul VI, « a pour ainsi dire germé sur le tronc séculaire de la liturgie chrétienne, en un véritable "Psautier de la Vierge" », au « déclin du Moyen Âge ». Le Directoire de décembre 2001 reprend cette appellation.

Jean-Paul II confirme la mécanique du nombre : la trame du rosaire « s'organisa à partir du nombre 150, correspondant à celui des Psaumes ». C'est ce chiffre, et non un texte doctrinal, qui a fixé quinze dizaines pendant des siècles.

La forme reçue est stabilisée par saint Pie V, dont la lettre apostolique Consueverunt Romani Pontifices « expliqua et, en quelque manière détermina la forme traditionnelle du Rosaire », dit Paul VI, qui en a commémoré le quatrième centenaire le 7 octobre 1969, ce qui la date de 1569. Trois siècles plus tard, Léon XIII ouvre avec Supremi apostolatus officio, le 1er septembre 1883, une longue série d'interventions pontificales.

Reste la question que tout le monde pose : saint Dominique a-t-il inventé le rosaire ? Les deux grands textes du magistère sur le sujet ne l'écrivent pas. Rosarium Virginis Mariae ne cite pas une seule fois son nom, et Marialis cultus se borne à nommer « les Fils de saint Dominique, chargés par tradition de garder et de propager une dévotion aussi salutaire ». Garder et propager n'est pas fonder. La formation réelle de la prière est retracée dans l'histoire du chapelet.

Ce que contient le rosaire

Quatre éléments, et pas un de plus

Paul VI en fait l'inventaire au numéro 49 de Marialis cultus : quatre éléments « disposés d'une manière organique », soit

  • la contemplation des mystères du salut, répartis en séries ;
  • la Prière du Seigneur, le Notre Père, « à la base de la prière chrétienne » ;
  • la reprise litanique de l'Ave Maria, salutation de l'ange et bénédiction d'Élisabeth suivies de l'invocation ecclésiale Sancta Maria ;
  • la doxologie Gloria Patri, qui conclut par la glorification de Dieu un et trine.

Le même paragraphe précise le compte : la série des Ave Maria, « dans la forme typique et complète de cent cinquante », subdivisée en dizaines, donne « le Chapelet bien connu de cinquante Ave Maria ».

Les vingt mystères, série par série

Les quatre séries se répartissent la vie du Christ. Les mystères joyeux couvrent l'Incarnation et l'enfance, de l'Annonciation au recouvrement au Temple. Les mystères lumineux, ajoutés en 2002, couvrent la vie publique, du Baptême au Jourdain à l'institution de l'Eucharistie. Les mystères douloureux suivent la Passion, de Gethsémani au Calvaire. Les mystères glorieux vont de la Résurrection au couronnement de Marie.

Le jour de la semaine désigne la série : le Saint-Siège attribue les joyeux au lundi et au samedi, les lumineux au jeudi, les douloureux au mardi et au vendredi, les glorieux au mercredi et au dimanche. Le calendrier complet, avec ce qui a changé en 2002 et ce qui n'a pas bougé, est dans les mystères du rosaire, quel jour.

L'objet qui compte les grains

Un chapelet de cinq dizaines porte 59 grains, soit 53 grains d'Ave et 6 grains de Pater, entre une chaînette de tête de cinq grains terminée par la croix et une boucle de cinquante-quatre. Aucun texte du magistère ne fixe ce nombre : le total dépend du montage, et c'est la disposition, jamais le chiffre seul, qui dit quel objet vous tenez. Le décompte pièce par pièce est dans combien de grains sur un chapelet, le parcours de la main dans comment tenir un chapelet.

Deux formats existent à côté : le dizainier, dix grains et une croix, qui se parcourt cinq fois, et l'objet de quinze dizaines, plus rare. Aucun n'est obligatoire : la prière tient sans objet, comme nous l'expliquons dans faut-il un chapelet pour prier le chapelet. Si vous cherchez le vôtre, comment choisir son chapelet pose les quatre critères, et nos chapelets ont leur collection.

Comment se prie le rosaire

Le déroulé d'une dizaine

Le Saint-Siège le résume ainsi : on énonce le mystère, par exemple « l'annonciation de l'Ange à Marie » ; après un bref temps de méditation, on récite un Notre Père, dix Je vous salue Marie et un Gloria ; et « pour chaque dizaine du chapelet, on peut ajouter une invocation ».

Jean-Paul II détaille ces gestes. Énoncer le mystère, « c'est comme camper un décor sur lequel se concentre l'attention » ; il conseille d'y ajouter la proclamation d'un passage biblique, puis un silence « pendant un temps significatif » avant la prière vocale. Le Directoire recommande de son côté la « clausule », quelques mots ajoutés après le nom de Jésus pour rappeler le mystère en cours.

Le début, la fin, le rythme

L'ouverture varie selon les régions, et Jean-Paul II ne tranche pas : commencer par l'invocation du psaume 69 (« Dieu, viens à mon aide ») ou par le Credo sont « des usages également légitimes ». La récitation « se conclut par la prière aux intentions du Pape », suivie souvent du Salve Regina ou des litanies de Lorette. Sur ce point, le Directoire corrige une idée reçue : les litanies ne sont pas un appendice du rosaire, elles sont « avant tout un acte cultuel qui se suffit à lui-même ».

Le rythme est explicitement lent : la méditation « exige que le rythme soit calme et que l'on prenne son temps ». Comptez une vingtaine de minutes pour cinq dizaines, davantage avec l'annonce des mystères et les silences, le calcul détaillé étant dans combien de temps dure un chapelet. Dire les vingt mystères d'un trait est possible, mais Jean-Paul II observe que « beaucoup ne pourront en réciter qu'une partie, selon un certain ordre hebdomadaire ». Le Directoire ajoute que suivie « d'une manière trop rigide », cette répartition peut heurter la liturgie du jour, et qu'alors « la caractérisation liturgique d'un jour déterminé prévaut sur son rang dans la semaine ».

Ce que l'Église attache au rosaire, et ce qu'elle n'y attache pas

L'indulgence, et sa condition la moins connue

Le rosaire fait partie des rares œuvres qui permettent d'obtenir une indulgence plénière n'importe quel jour de l'année. La concession 17 § 1 l'accorde à qui le récite pieusement « dans une église ou un oratoire, ou en famille, dans une communauté religieuse, dans une association de fidèles, et généralement quand plusieurs se réunissent pour une fin honnête », ou à qui s'unit à la récitation faite par le Pape et retransmise par radio ou télévision. « Dans les autres circonstances, l'indulgence sera partielle. »

Le texte pose ensuite trois précisions, et la première est celle que presque personne ne cite en entier :

« a) sufficit recitatio tertiae tantum eius partis ; sed quinque decades continuo recitari debent. »

a) la récitation du tiers seulement suffit ; mais les cinq dizaines doivent être récitées d'affilée. (Notre traduction.)

Le « tiers » se compte sur la définition en quinze dizaines donnée deux lignes plus haut : un tiers de quinze, c'est cinq. La seconde moitié de la phrase lève l'ambiguïté, et c'est elle qui compte : cinq dizaines, d'affilée. Une dizaine le matin, deux à midi et deux le soir ne remplissent pas la condition. Les deux autres précisions demandent d'ajouter la méditation des mystères à la prière vocale, et de les énoncer selon l'usage approuvé du lieu en récitation publique. S'y ajoutent les trois conditions ordinaires : confession, communion, prière aux intentions du Souverain Pontife.

Ce n'est pas tout ou rien : les dispositions qui précèdent les concessions prévoient au numéro 6 qu'une œuvre divisible en parties, « par exemple le Rosaire marial en dizaines », vaut une indulgence partielle pour la part accomplie. Deux dizaines dites dans le train ne sont donc pas perdues.

L'objet béni, et la règle qui surprend

Le chapelet figure parmi les objets de piété dont l'usage dévot peut valoir une indulgence, à condition qu'il soit dûment béni ; le Directoire signale que l'Église propose pour cela un rite de bénédiction des chapelets. Les modalités sont dans faire bénir un chapelet.

La norme 16 § 2 pose ensuite une règle nette : « L'indulgence attachée à l'usage d'un objet de piété cesse seulement lorsque cet objet cesse entièrement d'exister ou qu'il est vendu. » Un chapelet béni que l'on revend perd l'indulgence attachée à son usage. On peut l'offrir, on ne peut pas le vendre. C'est pourquoi un chapelet s'achète non béni, et se fait bénir ensuite.

Aucune promesse de résultat

Deux avertissements officiels encadrent la façon d'en parler. Jean-Paul II met en garde contre le risque que le chapelet « finisse par être perçu comme une amulette ou un objet magique ». Le Directoire demande d'éviter les formulations qui rejetteraient dans l'ombre les autres prières ou qui « pourraient provoquer un sentiment de culpabilité chez celui qui ne le médite pas habituellement », et conclut : « Le Rosaire est une prière excellente, au regard de laquelle le fidèle doit pourtant se sentir sereinement libre. »

Une prière voisine qui n'est pas le rosaire

Le rosaire n'est pas tout ce qui se dit sur des grains. Le chapelet de la divine Miséricorde se récite sur le même objet de 59 grains, mais rien d'autre ne coïncide : il n'a pas de mystères, il s'adresse au Père et non à la Vierge, et sur les grains de la boucle on ne dit ni le Notre Père ni le Je vous salue Marie, mais deux invocations propres. Le déroulé et le statut exact de cette dévotion sont dans le chapelet de la divine Miséricorde.

La distinction se vérifie sur le terrain des indulgences : le Manuel des indulgences de 1999 ne contient aucune concession à ce nom, et le décret du 29 juin 2002 qui accorde une indulgence plénière pour le dimanche de la Divine Miséricorde l'attache aux pratiques de piété du jour ; le mot « chapelet » n'y figure pas une seule fois. Les deux prières sont légitimes, elles ne relèvent pas du même régime. Le manuel place en revanche à côté du rosaire son équivalent oriental, l'hymne Akathiste et l'office de la Paraclisis.

Questions fréquentes

Quelle est la définition exacte du rosaire ?

Une formule de prière déterminée, faite de dizaines d'Ave Maria séparées par un Notre Père, où chaque dizaine accompagne la méditation d'un mystère de la vie du Christ et de Marie (Manuel des indulgences, 1999).

Combien de mystères compte le rosaire ?

Vingt depuis le 16 octobre 2002, en quatre séries de cinq. Quinze avant cette date, en trois séries. Les deux formes sont légitimes, l'ajout des mystères lumineux ayant été laissé « à la libre appréciation des personnes et des communautés ».

Rosaire et chapelet, quelle différence ?

Le rosaire est la prière entière ; le chapelet en est une portion, cinq dizaines en une fois, et c'est aussi le nom de l'objet. Le détail est dans chapelet ou rosaire.

Faut-il dire les vingt mystères pour que cela compte ?

Non. Pour l'indulgence plénière, le manuel demande cinq dizaines d'affilée, avec la méditation des mystères ; en deçà, une indulgence partielle reste acquise pour la part accomplie. Hors de cette question, la prière ne se mesure pas au compteur.

Par où commencer

Regardez le jour, prenez la série qui lui correspond, dites-en les cinq dizaines d'une traite. Annoncez le mystère avant chaque Notre Père et laissez un silence : c'est lui, plus que le nombre de grains, qui fait la différence entre une récitation et un rosaire.

Vingt mystères, deux cents Ave, et un seul objet pour les compter : le chapelet à cinq dizaines, repris quatre fois. Nos chapelets sont classés par matière et par taille de grain, et le grand chapelet, à gros grains de bois, va aux mains que les grains menus font trébucher. Pour une dizaine reprise en cours de journée, un dizainier suffit.