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Qu'est-ce qu'un dizainier ?

Dix grains et une croix, une seule dizaine. Ce que porte un dizainier, comment on y dit un chapelet entier en cinq tours, et ce que les dictionnaires n'en disent pas.

Mis à jour le 10 min de lecture

Sommaire
  1. La structure
  2. Cinq tours font un chapelet
  3. Un dizainier n'est pas un bracelet
  4. Le mot n'est pas dans les dictionnaires, au sens où vous l'employez
  5. Ce que les textes disent, et ce qu'ils ne disent pas
  6. La bénédiction
  7. Le cas du dizainier scout
  8. Ce que nous n'avons pas pu établir

Un dizainier porte dix grains et une croix. C'est une seule dizaine, détachée du chapelet, faite pour tenir dans une poche ou au poignet.

Cette page donne sa structure, la façon d'y dire un chapelet entier, et les endroits où les sources sont muettes.

La structure

Pièce Nombre Ce qui s'y dit
Croix 1 Le Notre Père, selon l'usage décrit plus bas
Grains 10 Dix « Je vous salue Marie »
Total des grains 10 Une dizaine, et rien d'autre
Le dizainier : dix grains et une croix, dans ses deux formes
Le dizainier dans ses deux formes : dix grains et une croix, une seule dizaine.

Scoutopedia, l'encyclopédie scoute, décrit l'objet ainsi : « Le dizainier est un anneau constitué d'une croix et de 10 grains, que l'on fait glisser entre les doigts en récitant un Je vous salue, Marie pour chaque grain.

Ces 10 prières peuvent être précédées d'un Notre Père, correspondant à la croix. »

Notez le « peuvent ». Dans cette description, le Notre Père sur la croix est un usage, pas une obligation.

L'article « Dizaine (religion) » de Wikipédia en français décrit une dizaine plus fournie : « un Notre Père, dix Je vous salue Marie et un Gloire au Père ».

C'est une ébauche sans aucune référence, nous la rapportons pour ce qu'elle est.

Les deux descriptions ne se recouvrent pas, et nous n'avons trouvé aucun texte d'Église qui tranche.

Scoutopedia décrit deux formes : « soit d'une seule pièce métallique entourée de 10 grains ou créneaux, soit d'un petit collier de 10 perles, souvent en bois ».

  • L'anneau. Une pièce fermée, dix grains ou dix créneaux répartis sur le tour, une croix au sommet. On passe un doigt dans l'ouverture et on avance au pouce.
  • Le cordon. Dix perles enfilées, souvent en bois, une croix au bout. Il se noue au poignet ou se glisse dans une poche.

Une variante régionale existe sous le même principe.

Wikipédia en français décrit le chapelet basque comme « un objet circulaire en bois ou en métal de 4 cm de diamètre environ avec un trou au milieu destiné à introduire un doigt », portant au sommet une croix qui symbolise le Notre Père et, sur le pourtour, dix petites sphères qui symbolisent chacune un « Je vous salue Marie ».

L'usage décrit est le même : un doigt dans l'ouverture, le pouce sur la croix, puis de sphère en sphère.

Cet article porte un bandeau « à sourcer » daté d'octobre 2015, nous le rapportons pour ce qu'il est.

Cinq tours font un chapelet

Un tour de dizainier dit un Notre Père et dix « Je vous salue Marie ». Cinq tours couvrent donc exactement les cinq dizaines d'un chapelet.

Le calcul complet, le geste et les montages qui ne comptent pas leurs grains de la même façon sont dans comment utiliser un dizainier.

Un dizainier n'est pas un bracelet

Les deux se portent au poignet. C'est là que s'arrête la ressemblance.

  • Un dizainier compte. Le nombre de ses grains est fixé par la prière : dix, comme une dizaine. Il porte une croix, à l'endroit où se dit le Notre Père.
  • Un bracelet ne compte rien. Son nombre de perles dépend d'un tour de poignet.

La question à se poser devant un objet à perles est donc simple : le nombre de grains est-il fixe, et à quelle prière correspond-il.

Un cordon de dix perles avec une croix est un dizainier, quelle que soit la façon dont on le porte.

Un cordon dont le nombre de perles dépend du poignet ne compte rien.

Un mot sur ce qu'un dizainier ne fait pas.

Le Directoire sur la piété populaire et la liturgie le pose au numéro 206, à propos de la médaille miraculeuse : elle « comme les autres médailles de la Vierge ou les autres objets de culte, ne doit pas être considérée comme un talisman, ce qui conduirait les fidèles à une vaine crédulité ».

Un dizainier compte des prières. Il ne fait rien d'autre.

Le mot n'est pas dans les dictionnaires, au sens où vous l'employez

Le Trésor de la langue française informatisé ne traite pas « dizainier » comme une entrée autonome.

Il le donne comme dérivé de l'entrée « dizaine », avec une seule acception : « hist. médiév. Chef de dix hommes de la garde bourgeoise ».

Il en date la première attestation du début du XIVe siècle, sous la forme disenier, et note que le mot « est admis ds Ac. 1694-1932 sous la vedette dizenier ».

L'objet de prière n'y figure pas.

Le Larousse en ligne donne la même chose, avec une définition un peu différente : « dizainier, nom masculin (de dizaine).

À Paris, sous l'Ancien Régime, magistrat municipal qui administrait une dizaine. » Là non plus, aucune acception de prière.

En revanche, le TLFi lexicalise bien la dizaine de chapelet, à l'entrée « dizaine » : « ensemble de dix grains consécutifs d'un chapelet ; p. méton., ensemble des dix prières récitées en comptant ces dix grains », attestée en 1690 chez Furetière.

C'est la prière qui a un nom de dictionnaire, pas l'objet.

Wikipédia en français répartit les deux sens sur deux articles.

L'article « Dizainier » ne traite que du chef de quartier médiéval et renvoie à un capitulaire de Charlemagne de 781 ; un bandeau en tête envoie le lecteur qui cherche le chapelet vers l'article « Dizaine (religion) », lequel est une ébauche sans référence.

Nous n'avons trouvé aucun texte d'Église qui définisse le mot ni qui fixe la forme de l'objet.

Ce que vous venez de lire vient de l'usage, d'un dictionnaire pour le sens historique et de sources scoutes pour l'objet, pas d'une norme.

Nous préférons l'écrire.

Ce que les textes disent, et ce qu'ils ne disent pas

Chapelet complet en grains de bois sombres sur chainette, medaille de jonction et crucifix de metal, pose a plat
Chapelet complet en grains de bois sombres sur chainette, médaille de jonction et crucifix de metal, pose à plat Rosenkranz (Gebetskette), LVR-Freilichtmuseum Lindlar, CC BY 4.0 (image recadree), via Europeana

Jean-Paul II écrit au numéro 36 de Rosarium Virginis Mariae que « le chapelet est l'instrument traditionnel pour la récitation du Rosaire », et met en garde contre « une pratique par trop superficielle » qui conduit « à le considérer souvent comme un simple instrument servant à compter la succession des Je vous salue Marie ».

Au numéro 38, il écrit que le Rosaire « peut être récité intégralement chaque jour, et nombreux sont ceux qui le font de manière louable », et que « beaucoup ne pourront en réciter qu'une partie, selon un certain ordre hebdomadaire ». Attention à ce que dit exactement ce passage : la partie dont il s'agit est la répartition des mystères sur les jours de la semaine, pas une dizaine isolée.

Nous ne lui faisons pas dire plus.

Le Directoire sur la piété populaire et la liturgie reprend au numéro 202 une phrase de Paul VI, tirée de Marialis cultus au numéro 55 : « Le Rosaire est une prière excellente, au regard de laquelle le fidèle doit pourtant se sentir sereinement libre, invité à le réciter, en toute quiétude, par sa beauté intrinsèque. »

Aucun de ces textes ne parle du dizainier. Ils parlent de la prière, et du chapelet comme instrument.

Ce que le Manuel des indulgences dit d'une dizaine seule

Le Manuel des indulgences (Enchiridion indulgentiarum, 4e édition, donnée à Rome le 16 juillet 1999, Pénitencerie apostolique) est le texte en vigueur sur les indulgences.

Il ne connaît que deux indulgences, la partielle et la plénière (norme 2), et la partielle n'est plus comptée en jours : elle remet une peine « de la même valeur » que celle que l'acte lui-même obtient déjà (norme 4).

Deux passages touchent au sujet de cette page. Nos traductions, le texte est en latin.

  • Concession 17 § 1. L'indulgence plénière est attachée à la récitation du Rosaire marial dans les conditions de lieu et de compagnie que le texte énumère. Le même paragraphe définit le Rosaire comme quinze dizaines, puis précise : « la récitation du tiers seulement suffit, mais les cinq dizaines doivent être récitées d'affilée ».
  • Préambule des « Autres concessions », numéro 6. Si une œuvre enrichie d'une indulgence plénière peut se diviser en parties, « par exemple le Rosaire marial en dizaines », celui qui, pour une cause raisonnable, ne l'accomplit pas en entier obtient une indulgence partielle pour la part qu'il accomplit.

Ce qui se lit donc directement : une dizaine seule n'ouvre pas l'indulgence plénière, qui demande cinq dizaines d'affilée, et le texte prévoit l'indulgence partielle pour la part accomplie, en nommant la dizaine comme exemple de part. Le dizainier n'est pas nommé dans ce texte.

La bénédiction

Le Directoire signale au numéro 198 que « l'Église manifeste son estime à l'égard de la prière du saint Rosaire en proposant un rite de la Bénédiction des chapelets ».

Il précise, en suivant le Livre des Bénédictions, que ce rite peut être accompli « en présence du peuple », spécialement à l'occasion des pèlerinages dans les sanctuaires dédiés à la Vierge Marie, au cours des célébrations des fêtes de la bienheureuse Vierge Marie et au moment de la clôture du mois du Rosaire, à la fin du mois d'octobre.

Le Manuel des indulgences nomme le chapelet parmi les objets de piété concernés.

Sa norme 15 pose que « le fidèle peut obtenir une indulgence s'il use avec dévotion de l'un des objets de piété suivants, dûment béni : crucifix ou croix, chapelet, scapulaire, médaille », le latin disant corona pour le chapelet.

Et sa norme 16 § 2 pose que « l'indulgence attachée à l'usage d'un objet de piété cesse seulement lorsque cet objet cesse entièrement d'exister ou qu'il est vendu ».

Une bénédiction ne s'achète pas et ne se livre pas avec un colis.

Elle se demande à un prêtre, et la marche à suivre est décrite dans faire bénir un chapelet. La question de savoir si l'objet est nécessaire à la prière est traitée dans faut-il un chapelet pour prier.

Le cas du dizainier scout

Le dizainier a une histoire propre dans le scoutisme catholique français, une manière de se porter sur l'uniforme, et un mode de fabrication documenté.

Le détail est dans le dizainier scout.

Ce que nous n'avons pas pu établir

  • Aucun texte d'Église lu ne définit le dizainier, ni ne fixe son nombre de grains, ni ne prescrit la prière à dire sur la croix.
  • La composition exacte d'une dizaine dite sur un dizainier. Scoutopedia donne le Notre Père comme facultatif, Wikipédia ajoute un Gloire au Père. Les deux sources sont collaboratives, aucune n'est d'Église.
  • La date d'apparition de l'objet sous cette forme. Les sources scoutes datent sa remise à l'honneur du début du XXe siècle, sans dire ce qui existait avant.
  • Le statut propre du dizainier dans le régime actuel des indulgences. Le Manuel des indulgences de 1999, que nous avons lu, nomme le chapelet parmi les objets de piété. Il ne nomme pas le dizainier.
  • Le montage à retenir pour un chapelet standard. Deux montages sont décrits par des sources sérieuses, et aucun texte d'Église que nous ayons lu n'en impose un.

Nous écrivons le nombre de grains et leur disposition partout où nous décrivons un chapelet ou un dizainier.

Le total seul ne dit pas quel objet vous tenez, c'est la disposition qui le dit. Nos rayons : dizainiers et chapelets. Les autres pages de documentation sont sur le blog.

En trois questions

Chapelet ou dizainier ?

Trois questions sur votre façon de prier, et le rayon qui vous correspond.

  1. Où priez-vous le plus souvent ?

  2. Combien de temps avez-vous, d’habitude ?

  3. Qu’attendez-vous de l’objet ?

Ce qu’il vous faut

Un chapelet de cinq dizaines

Les cinquante-neuf grains comptent à votre place : la main sait toujours où elle en est, et les cinq dizaines se suivent sans y penser. C’est l’objet fait pour une prière posée, d’une traite.

Comptez vingt minutes pour les prières seules, davantage avec l’annonce des mystères.

Voir les chapelets

Ce qu’il vous faut

Un dizainier

Dix grains et une croix, dans une poche. Une dizaine se dit en trois minutes et demie, et cinq passages font le chapelet entier : c’est l’objet de ceux qui prient par morceaux, là où ils sont.

Il ne se voit pas, et il ne casse pas au fond d’un sac.

Voir les dizainiers

Ce qu’il vous faut

Les deux, et ce n’est pas un compromis

Vos réponses ne penchent d’aucun côté, et c’est l’usage le plus répandu : le chapelet reste à la maison pour le temps qu’on lui donne, le dizainier suit dans la poche pour celui qu’on prend en route.

Si vous devez commencer par un seul, prenez le dizainier : il ne vous empêchera jamais de dire les cinq dizaines.

Voir les dizainiers

Nos sources

Dernière vérification le

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