Pratique

Pourquoi prier le chapelet ? La réponse de l'Église

Publié le 12 min de lecture

Sommaire
  1. En bref
  2. Pourquoi prier le chapelet : la raison que donne l'Église
  3. Pourquoi le rosaire, et pas seulement un chapelet
  4. Pourquoi prier le chapelet tous les jours
  5. Ce que le chapelet ne promet pas
  6. Ce que vous allez répéter, mot à mot
  7. Questions fréquentes
  8. La seule manière de savoir pourquoi on le prie

On prie le chapelet pour contempler la vie du Christ avec Marie : « réciter le Rosaire n'est rien d'autre que contempler avec Marie le visage du Christ », écrit Jean-Paul II. Ce n'est pas d'abord une prière de demande, mais la demande n'en est pas absente : « Le Rosaire est à la fois méditation et supplication », dit le paragraphe 16. La répétition des Je vous salue Marie n'est pas du rabâchage : c'est « une méthode fondée sur la répétition », celle d'un amour « qui ne se lasse pas de se tourner vers la personne aimée ». L'Église y attache d'abondantes grâces et, à des conditions précises, une indulgence, jamais un résultat.

En bref

  • La raison tient en une ligne : regarder le Christ avec les yeux de sa mère.
  • Contempler n'empêche pas de demander. Rome décrit une prière « à la fois méditation et supplication », portée par l'intercession de Marie.
  • La répétition n'est pas du rabâchage. C'est « une méthode fondée sur la répétition », écrit Jean-Paul II, celle d'un mot d'amour qu'on redit sans s'en lasser.
  • Rien n'oblige à le dire chaque jour, et il tient dans une journée réelle : cinq dizaines, un quart d'heure. Le rosaire quotidien est dit « louable » par Rome, il n'est prescrit à personne.
  • Aucune promesse de résultat. Le magistère met lui-même en garde contre le chapelet perçu « comme une amulette ou un objet magique ».

Pourquoi prier le chapelet : la raison que donne l'Église

Pour regarder le Christ, avec les yeux de Marie

La réponse officielle est courte, et elle porte sur le Christ. Au paragraphe 3 de Rosarium Virginis Mariae, Jean-Paul II écrit : « réciter le Rosaire n'est rien d'autre que contempler avec Marie le visage du Christ. » Ce n'est pas d'abord une prière de demande, c'est un regard. La demande y a pourtant sa place. Le paragraphe 16 l'écrit en toutes lettres : « Le Rosaire est à la fois méditation et supplication. L'imploration insistante de la Mère de Dieu s'appuie sur la certitude confiante que son intercession maternelle est toute puissante sur le cœur de son Fils. » Le vocabulaire est repris sur notre définition du rosaire.

Marie n'en est pas le terme, elle est celle qui apprend à regarder : « le peuple chrétien se met à l'école de Marie, pour se laisser introduire dans la contemplation de la beauté du visage du Christ ». Ce regard a un support, rappelle l'Église catholique en France : « À chaque dizaine est associé un "mystère", c'est à dire l'évocation d'un moment de la vie du Christ ou de la Vierge Marie. » Ces scènes sont sur notre page des mystères du chapelet.

Pourquoi réciter le chapelet plutôt que prier avec ses mots

Les deux ne s'opposent pas. Mais la prière libre exige ce qu'on n'a pas toujours : des mots. Le chapelet, lui, en fournit, et c'est sa force les jours où rien ne vient. Mgr Xavier Malle, évêque de Gap, le dit d'expérience : le chapelet « est la prière qui reste quand on n'arrive plus à prier autre chose ».

Ce que la répétition fait, et ce qu'elle ne fait pas

L'objection est ancienne, et elle est évangélique : « Quand vous priez, ne rabâchez pas comme les païens » (Mt 6, 7). Jean-Paul II la cite au paragraphe 12, en reprenant Paul VI : « Sans la contemplation, le Rosaire est un corps sans âme, et sa récitation court le danger de devenir une répétition mécanique de formules ». L'avertissement vient donc de l'intérieur. Nous le reprenons sur notre page qui demande si le chapelet est biblique.

Ce qu'elle apporte est décrit au paragraphe 26 : « C'est une méthode fondée sur la répétition », celle de « cet amour qui ne se lasse pas de se tourner vers la personne aimée » par des effusions « toujours neuves par le sentiment qui les anime ». Jean-Paul II donne la clé de lecture : « Pour comprendre le Rosaire, il faut entrer dans la dynamique psychologique propre à l'amour. » Ce n'est donc pas une technique de concentration, c'est un acte d'amour qu'on redit. Tenir l'attention sur la scène est l'objet de notre page sur le fait de méditer le chapelet.

Pourquoi le rosaire, et pas seulement un chapelet

Le rosaire est le parcours entier, le chapelet en est un quart

Un chapelet, ce sont cinq dizaines, donc cinq mystères. Le rosaire est l'ensemble des séries : joyeux, douloureux et glorieux, auxquels Jean-Paul II a ajouté les mystères lumineux le 16 octobre 2002, soit vingt mystères. Ils suivent, selon sa formule au paragraphe 42, « l'itinéraire de la vie du Christ, de sa conception à sa mort, jusqu'à sa résurrection et à sa glorification ». Le parcours ne s'arrête donc pas au tombeau ouvert : après la Résurrection, les mystères glorieux méditent l'Ascension, la descente de l'Esprit Saint à la Pentecôte, l'Assomption de Marie et son couronnement. Dire un chapelet, c'est prier un quart du rosaire. La distinction est détaillée sur notre page différence entre chapelet et rosaire.

Pourquoi faire le rosaire selon le jour de la semaine

Avant de lire ce tableau, un point à connaître : la répartition a changé en 2002. En publiant Rosarium Virginis Mariae, Jean-Paul II a ajouté les mystères lumineux et conseillé de « déplacer au samedi la deuxième méditation hebdomadaire des mystères joyeux », le jeudi restant « opportunément libre pour la méditation des mystères lumineux ». Ceux qui suivent encore la répartition antérieure ne se trompent pas : ils suivent l'usage d'avant.

Jour Mystères depuis 2002 Mystères avant 2002
Lundi Joyeux Joyeux
Mardi Douloureux Douloureux
Mercredi Glorieux Glorieux
Jeudi Lumineux Joyeux
Vendredi Douloureux Douloureux
Samedi Joyeux Glorieux
Dimanche Glorieux Glorieux

Le vendredi est douloureux dans les deux répartitions, avant comme après 2002. Ce calendrier « finit par donner aux différentes journées de la semaine une certaine "couleur" spirituelle », dit le paragraphe 38, qui ajoute aussitôt qu'il « n'entend pas toutefois limiter une certaine liberté dans la méditation personnelle et communautaire ». La série en cours est sur notre page chapelet du jour.

Pourquoi prier le chapelet tous les jours

Ce qui est encouragé, et ce qui n'est prescrit à personne

La formule de Rome est mesurée : « Le Rosaire peut être récité intégralement chaque jour, et nombreux sont ceux qui le font de manière louable. » Louable, donc recommandé, pas obligatoire. Le même paragraphe reconnaît que « beaucoup ne pourront en réciter qu'une partie, selon un certain ordre hebdomadaire ». Ce rythme est décrit sur notre page réciter le rosaire tous les jours.

Une prière qui tient dans une journée ordinaire

Mgr Malle raconte avoir découvert « la possibilité de découper mon chapelet dans la journée, profitant des temps de transport pour dire une dizaine », avant de le prier « tous les soirs avant d'aller dormir, en tournant autour de la maison de l'évêché ». Un quart d'heure, sans livre, sans installation. Le moment se choisit, et c'est le sujet de notre page quand prier le chapelet.

Seul, en famille, ou pour le monde

Jean-Paul II insiste sur la maison : « La famille qui est unie dans la prière demeure unie. » Il est bon, ajoute-t-il, de prier le Rosaire « pour ses enfants, et mieux encore avec ses enfants », ce qui a sa page ici, prier le chapelet en famille. Au paragraphe 40, la raison s'élargit : « Le Rosaire est une prière orientée par nature vers la paix, du fait même qu'elle est contemplation du Christ, Prince de la paix ». C'est l'objet du chapelet pour la paix dans le monde.

Ce que le chapelet ne promet pas

Ni amulette, ni formule

Chercher si le chapelet est puissant, ou s'il protège, n'a rien de honteux : on cherche un appui solide quand on traverse quelque chose. La réponse honnête est qu'aucun objet et aucune formule ne produisent d'effet par eux-mêmes. Ce n'est pas une prudence de commerçant : le paragraphe 28 met en garde contre le risque que « le chapelet, avec lequel on a coutume de le réciter, finisse par être perçu comme une amulette ou un objet magique, en faisant un contresens radical sur son sens et sur sa fonction ». Nous y répondons sur la page du pouvoir du chapelet.

Pourquoi vous ne trouverez pas de liste de promesses ici

Des listes circulent, recopiées d'un site à l'autre, qui énumèrent des promesses chiffrées faites à qui récite le chapelet. Elles ne relèvent pas du magistère et nous ne les reprenons pas. Ce que l'Église affirme est plus sobre : « Par le Rosaire, le croyant puise d'abondantes grâces », et cette prière « conduit au cœur même de la vie chrétienne ». Aucun nombre, aucune contrepartie.

L'indulgence est le seul point réglé, et ses conditions sont précises

Une seule chose est encadrée avec précision : l'indulgence. La concession 17 § 1 de l'Enchiridion Indulgentiarum attache l'indulgence plénière au chapelet récité dans une église ou un oratoire, en famille, en communauté religieuse, en association de fidèles, et plus généralement quand plusieurs se réunissent pour une fin honnête. Dans les autres circonstances, précise le texte, l'indulgence est partielle. La même concession pose ensuite deux conditions propres à cette prière : les cinq dizaines doivent être récitées d'affilée, et la méditation des mystères doit être jointe à la prière vocale, les mystères étant énoncés selon l'usage approuvé du lieu lorsque la récitation est publique.

S'y ajoute ce que la norme 20 § 1 exige pour toute indulgence plénière, sans exception : d'abord une disposition, l'exclusion de tout attachement au péché, même véniel, puis trois conditions, la confession sacramentelle, la communion eucharistique et la prière aux intentions du Souverain Pontife. Ces trois conditions peuvent se faire plusieurs jours avant ou après la prière, et un Notre Père et un Je vous salue Marie suffisent à remplir la dernière. Si la disposition ou l'une des trois manque, l'indulgence n'est plus plénière mais partielle. Prier son chapelet à l'église ne suffit donc pas. Ce que recouvre exactement cette matière est détaillé sur notre page à quoi sert un chapelet.

Pourquoi nous n'expédions pas de chapelet béni

Un dernier point, et il engage la maison. La norme 16 § 2 du même recueil énonce que l'indulgence attachée à l'usage d'un objet de piété cesse dès que cet objet est vendu. Un chapelet béni puis vendu arrive donc chez son acheteur privé de cette indulgence, et c'est la raison pour laquelle nous n'en expédions pas. La bénédiction se demande gratuitement à un prêtre ou à un diacre, en paroisse, une fois le chapelet chez vous, et notre page sur le fait de bénir un chapelet décrit le geste. Elle n'est pas requise pour prier, du reste : la concession 17 ne dit rien de l'objet, elle porte sur la récitation, sur sa continuité et sur la méditation qui l'accompagne.

Ce que vous allez répéter, mot à mot

Une dizaine se déroule dans cet ordre : un Notre Père, dix Je vous salue Marie en méditant le mystère, un Gloire au Père. Voici les deux premières, telles que les publie l'Église catholique en France.

Notre Père, qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation
mais délivre-nous du Mal.
Amen

Je vous salue Marie, pleine de grâce ;
Le Seigneur est avec vous.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes
Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
Priez pour nous pauvres pécheurs,
Maintenant et à l'heure de notre mort.
Amen

La troisième demande une précision : aucun texte du magistère ne fixe le Gloire au Père en français. La formule ci-dessous est l'usage reçu, et se présente comme tel, ce que détaille notre page sur le Gloire au Père du chapelet.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit,
comme il était au commencement, maintenant et toujours,
pour les siècles des siècles.
Amen.

Questions fréquentes

Pourquoi réciter le chapelet quand on peut prier avec ses propres mots ?

Parce que les mots manquent souvent, et que le chapelet en fournit de tout faits, qui ne dépendent pas de votre état du jour. C'est un appui, pas un remplacement : rien n'empêche de dire une dizaine puis de continuer à voix libre.

Chapelet utilité : à quoi sert de prier le chapelet si rien ne change ?

La prière n'est pas un dispositif à déclencher, et l'Église ne promet ni guérison, ni libération, ni retour. Ce qu'elle annonce, ce sont des grâces, et elle ne les chiffre jamais. Ce qui se déplace en premier, c'est le regard de celui qui prie.

Pourquoi le rosaire est-il une prière mariale s'il regarde le Christ ?

Parce que la forme et l'objet ne sont pas la même chose. Le paragraphe 33 le dit : le caractère marial « non seulement ne s'oppose pas au caractère christologique, mais au contraire le souligne et le met en relief ». Le centre de gravité du Je vous salue Marie est le nom de Jésus.

La seule manière de savoir pourquoi on le prie

Aucune page ne remplacera une dizaine dite ce soir. Jean-Paul II terminait sa lettre par une invitation directe : « reprenez avec confiance le chapelet entre vos mains, le redécouvrant à la lumière de l'Écriture, en harmonie avec la liturgie, dans le cadre de votre vie quotidienne. » Prenez les mystères du jour, dites-en une dizaine. Si le déroulement grain par grain vous manque, notre page chapelet mode d'emploi le reprend dans l'ordre. Et si vous n'en avez pas encore un à tenir entre les mains, notre collection de chapelets est classée par forme, par matière et par couleur. Pour une dizaine par jour, la forme courte suffit : c'est ce que rassemblent les dizainiers, dont le dizainier œil-de-tigre, fait pour une prière reprise en cours de journée.