Dévotion

Notre-Dame du Rosaire : qui elle est et d'où vient son titre

Publié le 14 min de lecture

Sommaire
  1. En bref
  2. Qui est Notre-Dame du Rosaire ?
  3. D'où vient le titre de Notre-Dame du Rosaire ?
  4. La fête de Notre-Dame du Rosaire, le 7 octobre
  5. Que signifie le titre de Notre-Dame du Rosaire ?
  6. Prier sous ce titre
  7. Questions fréquentes
  8. Ce qu'il faut retenir avant le 7 octobre

Notre-Dame du Rosaire est un titre donné à la Vierge Marie, pas une autre Vierge. Il est né d'une fête : au lendemain de la victoire navale de Lépante, le 7 octobre 1571, saint Pie V institue une action de grâce sous le nom de Notre-Dame de la Victoire, et c'est son successeur Grégoire XIII qui la place sous le titre du Rosaire. La fête a ensuite gagné toute l'Église, changé de date, puis changé de formulation. Aujourd'hui, c'est une mémoire au 7 octobre, et son nom officiel dans le calendrier liturgique français n'est pas « Notre-Dame du Rosaire » mais « Bienheureuse Vierge Marie du Rosaire ».

En bref

  • Un titre de Marie, comme Notre-Dame de Lourdes : la même Vierge, nommée d'après un lieu ou un bienfait. Notre-Dame du saint Rosaire et du très saint Rosaire désignent la même.
  • Le titre vient de la fête, et la fête vient de Lépante (7 octobre 1571). Pie V l'institue sous le nom de la Victoire, Grégoire XIII la met sous celui du Rosaire.
  • Universelle en 1716 sous Clément XI, puis fixée au 7 octobre par saint Pie X en 1913.
  • Le nom que porte la mémoire aujourd'hui est plus récent que la fête, et il ne dit pas « Notre-Dame » : le calendrier écrit « Bienheureuse Vierge Marie du Rosaire ».
  • Le titre ne promet rien. Ni la fête, ni le titre, ni le nombre de récitations n'obligent Dieu.

Qui est Notre-Dame du Rosaire ?

Un titre de la Vierge Marie, pas une autre Vierge

La multiplication des titres mariaux fait croire à une multiplication de personnes. Notre-Dame du Rosaire, Notre-Dame de Lourdes, Notre-Dame du Mont-Carmel : une seule et même Marie, mère de Jésus, sous des noms différents.

Léon XIII décrit ce mécanisme en 1883. Il énumère les noms sous lesquels les chrétiens ont salué Marie, « ces qualifications d'Auxiliatrice, de Bienfaitrice, et de Consolatrice des chrétiens, de Reine des armées, de Dispensatrice de la victoire et de la paix », puis ajoute : « Entre tous ces titres, est surtout remarquable et solennel celui qui lui vient du Rosaire. » Un titre marial se reçoit d'un lieu, d'un bienfait ou d'une prière. Celui-ci se reçoit d'une prière.

C'est aussi pourquoi des dizaines de paroisses portent ce nom sans qu'aucune ne soit « la vraie ». Le sanctuaire le plus connu est celui de Pompéi, dont le tableau est traité à part dans l'image de Notre-Dame du Rosaire de Pompéi.

Ce que « Rosaire » veut dire dans ce titre

Le mot ne parle pas d'un objet, il parle d'une couronne de fleurs. Le latin ecclésiastique rosarium désigne la guirlande de roses dont on couronnait les images de la Vierge. Le nom du titre dit donc, littéralement, la Vierge qu'on couronne de roses, chaque rose étant une prière. L'étymologie complète et ce qui distingue les deux mots aujourd'hui sont dans chapelet ou rosaire.

Le Rosaire, lui, enchaîne des dizaines de Je vous salue Marie en méditant les mystères de la vie du Christ. Paul VI l'a appelé « résumé de tout l'Évangile » et en tire la conséquence qui vaut pour le titre entier : « Le Rosaire est donc une prière évangélique. » Dire Notre-Dame du Rosaire, ce n'est pas nommer une spécialité mariale de plus, c'est nommer la Vierge sous la prière qui regarde son Fils.

D'où vient le titre de Notre-Dame du Rosaire ?

Avant la fête, il y avait les confréries

Le titre n'est pas tombé du ciel un jour de bataille. Le service liturgique de l'Église catholique en France le rattache à une institution antérieure : « La fête se rattache initialement à la Confrérie du Rosaire, d'inspiration dominicaine, qui se proposait de diffuser la dévotion au chapelet. » Des laïcs regroupés pour prier, bien avant qu'une fête existe.

Deux ans avant Lépante, un pape dominicain met par écrit la forme de cette prière. Paul VI le rappelle : le 7 octobre 1969, il commémorait « le quatrième centenaire de la Lettre apostolique Consueverunt Romani Pontifices de notre Prédécesseur saint Pie V qui, en ce document, expliqua et, en quelque manière détermina la forme traditionnelle du Rosaire ». Ce texte de 1569 décrit la forme longue, cent cinquante Ave en dizaines, dont le chapelet d'aujourd'hui est le tiers : voyez combien de grains compte un chapelet. Sur l'origine de l'objet et la question de saint Dominique, que nous ne tranchons pas, voyez l'histoire du chapelet.

Lépante, le 7 octobre 1571

Le 7 octobre 1571, la flotte de la Sainte Ligue l'emporte sur la flotte ottomane. Pie V avait demandé la récitation du Rosaire, et la victoire lui fut attribuée.

Une précision de lecture, qui change la manière de citer cet épisode : Léon XIII raconte la bataille sans jamais la nommer et sans en donner la date. Il écrit seulement que « l'action navale s'étant engagée auprès des îles Echinades (Curzolaires) la flotte des chrétiens, sans éprouver elle-même de grandes pertes, remporta une insigne victoire ». Le nom « Lépante » et la date du 7 octobre 1571 viennent des sources historiques et des notices liturgiques, pas du texte pontifical.

De la Victoire au Rosaire : Grégoire XIII

Léon XIII résume l'enchaînement en deux phrases, et ce sont les seules dont nous ayons besoin : « le même Souverain et saint Pontife, en reconnaissance d'un bienfait si grand, a voulu qu'une fête en l'honneur de Marie Victorieuse, consacrât la mémoire de ce combat mémorable. Grégoire XIII a consacré cette fête en l'appelant fête du Saint Rosaire. »

Le service liturgique français ajoute les détails qui manquent. Grégoire XIII « la fixa au premier dimanche d'octobre », et elle n'obligeait alors presque personne : elle était « obligatoire pour les seules églises où se trouvait érigée la confrérie du Rosaire ». Le titre naît donc dans un périmètre étroit avant de devenir le bien de toute l'Église.

Deux avertissements, parce que c'est ici que le web francophone se trompe le plus souvent.

  • L'intervalle de « vingt-et-un ans ». La notice Nominis situe l'acte de Grégoire XIII « vingt-et-un ans plus tard », soit en 1592, alors qu'il est mort en 1585. Les recueils identifient l'acte à une bulle de 1573, Monet Apostolus : nous ne l'avons pas trouvée sur une source de premier rang, nous la citons comme indication.
  • L'année de l'institution par Pie V. Le service liturgique français écrit « En 1571 », d'autres notices situent l'acte en 1572. Ce qui ne bouge pas, c'est la raison : une action de grâce pour Lépante, sous le titre de la Victoire.

De l'Espagne à l'Église entière, puis au 7 octobre

La suite est une lente extension. La fête est d'abord étendue à toute l'Espagne par Clément X, puis « sous Clément XI, elle devint universelle (1716), en mémoire de deux nouvelles victoires remportées sur les Turcs », dont celle du 5 août 1716. Elle restait au premier dimanche d'octobre ; c'est saint Pie X qui la fixe au 7 octobre, en 1913.

Date Ce qui se passe
17 septembre 1569 Pie V, Consueverunt Romani Pontifices : la forme traditionnelle du Rosaire est déterminée
7 octobre 1571 Victoire navale de Lépante, attribuée au Rosaire
1571 ou 1572 Pie V institue une fête d'action de grâce, sous le titre de la Victoire
1573 Grégoire XIII la place sous le titre du Rosaire, au premier dimanche d'octobre
XVIIe siècle Clément X l'étend à toute l'Espagne
1716 Clément XI l'étend à l'Église entière
1er septembre 1883 Léon XIII consacre octobre 1883 à la Sainte Reine du Rosaire
1913 Pie X fixe la fête au 7 octobre
Aujourd'hui Mémoire au 7 octobre, « Bienheureuse Vierge Marie du Rosaire »

Le nom que vous cherchez est le plus récent de tous

Voici le point que presque aucune page ne fait, vérifiable en trente secondes. Ouvrez le calendrier liturgique de l'AELF au 7 octobre : la fête n'y est pas appelée Notre-Dame du Rosaire. Elle s'appelle « Bienheureuse Vierge Marie du Rosaire », degré « Mémoire », couleur blanche.

La formulation officielle a donc changé après Grégoire XIII, passant d'un intitulé centré sur la chose, le Très Saint Rosaire, à un intitulé centré sur la personne. Les ouvrages de référence rattachent ce changement à la révision du calendrier romain de 1960, sous Jean XXIII. Nous ne l'avons pas trouvé sur une source de premier rang : c'est une attribution reçue, pas une pièce.

« Notre-Dame du Rosaire » n'est pas pour autant une invention populaire : c'est la formulation du Martyrologe romain, « Mémoire de Notre-Dame du Rosaire. Par la prière du Rosaire le peuple chrétien invoque le secours de la sainte Mère de Dieu, en méditant, sous sa conduite, les mystères du Christ. » Deux livres, deux formulations, une seule fête.

La fête de Notre-Dame du Rosaire, le 7 octobre

Une fête, et une prière : ce ne sont pas la même chose

Le service liturgique français ouvre sa notice par un avertissement que nous reprenons tel quel : « Il faut distinguer la prière du Rosaire, dévotion populaire, de la fête du Rosaire, solennité liturgique. » La prière se dit toute l'année, chez soi. La fête est un jour, avec ses lectures et son oraison.

Cette oraison dit mieux que tout commentaire ce que l'Église fait de ce titre.

Que ta grâce, Seigneur notre Père, se répande en nos cœurs : par le message de l'ange, tu nous as fait connaître l'incarnation de ton Fils bien-aimé, conduis-nous par sa passion et par sa croix, avec le secours de la Vierge Marie, jusqu'à la gloire de la résurrection.

Regardez ce qu'elle demande. Rien pour Marie, rien à Marie : l'Incarnation, la Passion, la Croix, la Résurrection, « avec le secours de la Vierge Marie ». C'est le programme des mystères du Rosaire, et c'est le texte que l'Église prie aussi à l'Annonciation. Le jour de Notre-Dame du Rosaire, l'Église prie le Christ.

Octobre, mois du Rosaire

L'habitude d'associer tout le mois d'octobre à ce titre vient de Léon XIII. Le 1er septembre 1883, il écrit vouloir « que spécialement LE MOIS D'OCTOBRE DE CETTE ANNÉE soit consacré entièrement à la Sainte Reine du Rosaire », et précise : du premier jour d'octobre jusqu'au 2 novembre, dans toutes les paroisses, « on récite cinq dizaines du Rosaire, en y ajoutant les Litanies Laurétanes ».

Lisez la formule : de cette année. La prescription portait sur octobre 1883. L'usage a été reconduit ensuite, mais nous n'avons pas trouvé le texte qui l'aurait rendu perpétuel d'un coup, et nous ne l'affirmons donc pas. Les indulgences que Léon XIII y attache, « sept années et sept quarantaines », relèvent d'un régime abrogé depuis.

Ce que l'Église attache aujourd'hui au Rosaire

Le texte en vigueur est l'Enchiridion indulgentiarum de 1999. Sa concession 17 § 1 accorde une indulgence plénière au fidèle qui récite pieusement le Rosaire à l'église, en famille, dans une communauté religieuse ou dans une association de fidèles, et une indulgence partielle ailleurs. Trois conditions : cinq dizaines d'affilée suffisent, la méditation des mystères doit s'ajouter à la prière vocale, et en récitation publique les mystères doivent être annoncés selon la coutume approuvée du lieu.

Deux remarques. Ce texte de 1999 décrit encore le Rosaire dans sa forme antérieure à 2002, en quinze dizaines : les cinq mystères lumineux n'existaient pas alors. Et sa norme 16 § 2 rappelle que l'indulgence attachée à l'usage d'un objet de piété béni cesse dès lors que l'objet est vendu. Un chapelet béni ne se revend pas, il se donne. Le Directoire sur la piété populaire signale que la bénédiction se fait volontiers « au cours des célébrations des fêtes de la bienheureuse Vierge Marie, en particulier de celle du Rosaire » : voyez faire bénir un chapelet.

Que signifie le titre de Notre-Dame du Rosaire ?

Un titre marial au contenu christologique

Le sens du titre est dans la prière qu'il nomme. Paul VI : « Prière évangélique centrée sur le mystère de l'Incarnation rédemptrice, le Rosaire a donc une orientation nettement christologique. » Jean-Paul II, dès la première page de sa lettre de 2002 : « tout en ayant une caractéristique mariale, le Rosaire est une prière dont le centre est christologique ».

Invoquer Notre-Dame du Rosaire, c'est demander à Marie de nous faire regarder son Fils : les mystères joyeux à sa naissance, les douloureux à sa Passion, les glorieux à sa résurrection. La série change avec le jour de la semaine, répartition remaniée en 2002 : voyez quels mystères du rosaire selon le jour, ainsi que les mystères joyeux et les mystères glorieux.

Ce que le titre ne signifie pas

Pas une garantie : ni la fête, ni le titre, ni un nombre de récitations n'obligent Dieu. Jean-Paul II situe le rôle de Marie exactement : « Par son intercession maternelle, Marie intervient pour soutenir la prière que le Christ et l'Esprit font jaillir de notre cœur. » Elle porte la demande, elle ne se substitue pas au seul Médiateur, et elle n'exécute pas.

Pas une obligation non plus. Paul VI l'écrit, et le Directoire le reprend pour désamorcer la culpabilité de ceux qui ne prient pas le chapelet tous les jours : « le Rosaire est une prière excellente, au regard de laquelle le fidèle doit pourtant se sentir sereinement libre ». Ce n'est pas le vocabulaire d'une consigne.

Prier sous ce titre

La prière qu'on adresse à Notre-Dame du Rosaire est le Rosaire lui-même, avec les litanies de Lorette en conclusion selon l'usage : le déroulé et les textes sont dans prier Notre-Dame du Rosaire. Pour préparer le 7 octobre, neuf jours suffisent : voyez la neuvaine à Notre-Dame du Rosaire.

Un chapelet dans la main tient le compte pendant que l'attention reste au mystère, et c'est tout ce qu'on lui demande. Nos chapelets sont classés par matière, couleur et forme ; si vous hésitez, comment choisir son chapelet donne les critères qui comptent.

Questions fréquentes

Qui est Notre-Dame du Rosaire ?

La Vierge Marie, sous le titre que lui donne la fête du 7 octobre. Ni une autre Vierge, ni une apparition : un nom reçu d'une prière, comme d'autres titres viennent d'un lieu.

Pourquoi fête-t-on Notre-Dame du Rosaire le 7 octobre ?

Parce que la bataille de Lépante a eu lieu le 7 octobre 1571 et que Pie V en fit une fête d'action de grâce. Elle a longtemps été célébrée le premier dimanche d'octobre ; Pie X l'a fixée au 7 octobre en 1913.

Quelle différence entre Notre-Dame du Rosaire et Notre-Dame du très saint Rosaire ?

Aucune sur le fond : deux formulations du même titre, la seconde plus solennelle. Le calendrier liturgique écrit « Bienheureuse Vierge Marie du Rosaire », le Martyrologe romain « Notre-Dame du Rosaire », Léon XIII « Sainte Reine du Rosaire ». La Vierge est la même.

Notre-Dame du Rosaire, est-ce la même que Notre-Dame de la Victoire ?

C'est la même fête, sous son nom d'origine : Pie V l'institue sous le titre de la Victoire, Grégoire XIII la place sous celui du Rosaire. Les sanctuaires dédiés à Notre-Dame des Victoires, eux, ont leurs histoires propres.

Faut-il un chapelet particulier pour prier Notre-Dame du Rosaire ?

Non. Aucun texte de l'Église n'attache à ce titre une couleur, une matière ni un nombre de grains. Un chapelet de cinq dizaines convient, et le meilleur est celui que vous tenez bien dans la main.

Ce qu'il faut retenir avant le 7 octobre

Un titre, une fête, une prière : Notre-Dame du Rosaire, c'est Marie nommée d'après la prière qui regarde son Fils. Pour marquer le jour, prenez la série de mystères qui tombe ce 7 octobre et dites-en cinq dizaines, sans presser le pas. C'est ce que l'Église demande, et rien de plus.

Aucun chapelet n'est attaché à ce titre, on vient de le dire : nos chapelets sont classés par matière et par taille de grain, et le meilleur reste celui qui tient bien dans la main. Le chapelet Notre-Dame des Roses glisse une petite rose sculptée entre ses grains, en écho au rosarium dont la prière tire son nom, et pour la dizaine des jours ordinaires, un dizainier suffit.

Nos sources

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