Le Notre Père du chapelet : texte et place
Sommaire
- En bref
- Le texte du Notre Père tel qu'on le dit au chapelet
- Où le Notre Père se place dans le chapelet
- Pourquoi une prière au Père dans une prière mariale
- « Chapelet du Père éternel », « chapelet de Dieu notre Père » : ce que ces formulations désignent
- Le Notre Père ne change pas, le mystère change avec le jour
- Questions fréquentes
- Dites-le comme une entrée, pas comme un préambule
Le Notre Père ouvre chaque dizaine du chapelet : on le dit avant les dix Je vous salue Marie, pas après. Dans l'usage français, il revient une fois de plus au début, juste après le Credo, ce qui fait six Notre Père sur un chapelet de cinq dizaines. Le texte récité en France a changé le 3 décembre 2017 : on dit « Et ne nous laisse pas entrer en tentation », et non plus « Ne nous soumets pas à la tentation ». Ce texte n'est pas mot pour mot celui de l'Évangile de Matthieu.
En bref
- Le Notre Père se dit en tête de dizaine. L'ordre donné par le Saint-Siège : un Notre Père, dix Je vous salue Marie en méditant le mystère, un Gloire au Père.
- Le texte en vigueur depuis le 3 décembre 2017 dit « Et ne nous laisse pas entrer en tentation ».
- Le texte récité diffère de celui de l'Évangile. Matthieu 6 dit « Remets-nous nos dettes » ; au chapelet on dit « Pardonne-nous nos offenses ».
- Aucun texte de référence ne décrit de chapelet fait uniquement de Notre Père.
Le texte du Notre Père tel qu'on le dit au chapelet
C'est la seule prière du chapelet que Jésus donne lui-même dans l'Évangile. Voici le texte publié par l'Église catholique en France.
Le texte en vigueur
Notre Père, qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation
mais délivre-nous du Mal.
Amen
Sept demandes : trois pour le Père, son nom, son règne, sa volonté ; quatre pour nous, le pain, le pardon, la tentation, le Mal. Rien n'y est ajouté ni retranché pour le chapelet : c'est la traduction liturgique entrée en vigueur « dans toute forme de liturgie » le 3 décembre 2017. On le dit aussi en latin, sous le nom de Pater noster, que reprend notre article sur le chapelet en latin.
Ce qui a changé le 3 décembre 2017
Une seule demande a bougé, la sixième. On disait « Ne nous soumets pas à la tentation ». Depuis le 3 décembre 2017, premier dimanche de l'Avent, on dit « Et ne nous laisse pas entrer en tentation ».
Si quelqu'un à côté de vous garde l'ancienne formulation, il l'a récitée pendant des décennies : c'est une question de traduction, pas de foi. Sur un chapelet dit à plusieurs, on prend celle du groupe.
Le texte de l'Évangile n'est pas celui qu'on récite
C'est le point qui surprend quand on ouvre sa Bible pour vérifier : la traduction liturgique de Matthieu 6 ne donne pas la prière récitée. Au verset 12, elle porte « Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs. » Le texte prié dit « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. »
Les deux sont justes, à leur place : le premier traduit l'évangéliste, le second est la formule reçue pour la prière commune. Au chapelet, c'est la seconde. Ne corrigez pas votre Notre Père sur votre Bible : vous obtiendriez un texte que personne autour de vous ne récite.
Où le Notre Père se place dans le chapelet
En tête de chaque dizaine
Le Saint-Siège décrit la dizaine ainsi : un Notre Père, dix Je vous salue Marie en méditant le mystère, un Gloire au Père. Le Notre Père en est la porte d'entrée, pas la conclusion.
Chaque Notre Père se dit sur un grain isolé, détaché du groupe de dix qui porte les Je vous salue Marie : c'est ce qui permet de retrouver sa place sans compter, comme le détaille notre article sur les grains du chapelet.
À l'ouverture, dans l'usage français
Le livret sur le Rosaire de l'Église catholique en France donne cet ordre pour commencer : signe de croix, Credo sur la croix du chapelet, un Notre Père, trois Je vous salue Marie, un Gloire au Père.
Ce premier Notre Père se dit donc avant la première dizaine. C'est un usage français, pas une règle universelle : le Saint-Siège ouvre par le signe de croix et le verset « Dieu viens à mon aide », sans Credo ni Notre Père d'ouverture. Le détail est dans notre article sur le Credo du chapelet ; la suite, dizaine par dizaine, dans celui sur les trois premières dizaines du chapelet.
Combien de Notre Père en tout
| Moment | Nombre de Notre Père |
|---|---|
| Ouverture, après le Credo (usage français) | 1 |
| En tête de chaque dizaine | 1, soit 5 en tout |
| Un chapelet de cinq dizaines | 6 |
| Un chapelet suivant l'ouverture du Saint-Siège | 5 |
| Un rosaire de vingt dizaines | 20 en tête de dizaine, plus les ouvertures |
Le compte du rosaire dépend de votre pratique : dit d'une traite, il n'a qu'une ouverture ; réparti sur la journée, le rosaire complet en compte quatre. Le rapport, lui, ne bouge jamais : un Notre Père pour dix Je vous salue Marie, comme le rappelle le chapelet d'Ave Maria et de Pater.
Pourquoi une prière au Père dans une prière mariale
Si le chapelet est une prière mariale, pourquoi ouvrir chaque dizaine en s'adressant au Père ? Jean-Paul II y répond dans sa lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae du 16 octobre 2002, au paragraphe qu'il consacre au Notre Père, juste après ceux sur la Parole de Dieu et sur le silence.
Il écrit : « Après l'écoute de la Parole et la focalisation sur le mystère, il est naturel que l'esprit s'élève vers le Père. En chacun de ses mystères, Jésus nous conduit toujours au Père, auquel il s'adresse continuellement […] ». Et il ajoute cette phrase, qui donne au Notre Père sa fonction exacte dans la prière : « Le "Notre Père", placé pratiquement comme au fondement de la méditation christologique et mariale qui se développe à travers la répétition de l'Ave Maria, fait de la méditation du mystère, même accomplie dans la solitude, une expérience ecclésiale. »
La dizaine part donc du Père par le Notre Père, traverse le mystère avec Marie par les Je vous salue Marie, et revient à la Trinité par le Gloire au Père. Le Notre Père n'est pas un préliminaire avant la vraie prière : il en est le fondement.
« Chapelet du Père éternel », « chapelet de Dieu notre Père » : ce que ces formulations désignent
Ces expressions se cherchent réellement, aux côtés de « chapelet du notre père » et « chapelet à notre père ». Le plus souvent, elles cherchent ce que vous venez de lire : la prière au Père que comporte le chapelet.
Un mot de franchise sur le reste. Des dévotions privées adressées à Dieu le Père circulent sous des noms voisins, avec des formules variables. Ni la page du Saint-Siège ni le livret de l'Église catholique en France n'en donne le texte. Nous nous en tenons à ce qui se source : la prière au Père du chapelet, c'est le Notre Père.
Le Notre Père ne change pas, le mystère change avec le jour
Quel que soit le jour, le Notre Père est le même, à la même place. Ce qui change, ce sont les mystères du chapelet médités pendant les Je vous salue Marie, et leur répartition a changé en 2002.
Avant 2002, le jeudi était joyeux et le samedi glorieux. En instituant les mystères lumineux, Jean-Paul II conseille dans Rosarium Virginis Mariae de « déplacer au samedi la deuxième méditation hebdomadaire des mystères joyeux », le jeudi restant « opportunément libre pour la méditation des mystères lumineux ».
| Jour | Depuis 2002 | Avant 2002 |
|---|---|---|
| Lundi | Joyeux | Joyeux |
| Mardi | Douloureux | Douloureux |
| Mercredi | Glorieux | Glorieux |
| Jeudi | Lumineux | Joyeux |
| Vendredi | Douloureux | Douloureux |
| Samedi | Joyeux | Glorieux |
| Dimanche | Glorieux | Glorieux |
Le vendredi est douloureux dans les deux colonnes. Qui garde l'ancienne répartition, pour le jeudi et le samedi, ne se trompe pas : il suit l'usage antérieur, que la lettre de 2002 réaménage sans l'abolir.
Questions fréquentes
Quel est le texte du Notre Père au chapelet ?
Celui publié par l'Église catholique en France, en vigueur depuis le 3 décembre 2017, donné en entier plus haut. Il n'y a pas de version propre au chapelet : c'est le Notre Père de la liturgie.
Le Notre Père se dit-il avant ou après les dix Je vous salue Marie ?
Avant. L'ordre d'une dizaine est : un Notre Père, dix Je vous salue Marie en méditant le mystère, un Gloire au Père. Le Notre Père ouvre, le Gloire au Père ferme.
Faut-il dire « ne nous soumets pas à la tentation » ou « ne nous laisse pas entrer en tentation » ?
La seconde : c'est la traduction en vigueur dans la liturgie depuis le 3 décembre 2017. La première a été la traduction officielle pendant des décennies et beaucoup la disent encore par habitude, ce qui ne rend leur prière ni fautive ni invalide.
Le Notre Père du chapelet est-il le même que celui de la messe ?
C'est la même traduction : celle entrée en vigueur le 3 décembre 2017 « dans toute forme de liturgie ». Ce qui diffère, c'est ce qui l'entoure : au chapelet, il se conclut par « Amen », puis viennent les dix Je vous salue Marie.
Existe-t-il un chapelet composé uniquement de Notre Père ?
Les textes de référence du Rosaire n'en décrivent pas : ils décrivent le chapelet où le Notre Père ouvre chaque dizaine. Pour prier davantage avec ce texte, la voie donnée par la lettre de 2002 n'est pas d'en multiplier le nombre, c'est de ne pas le dire vite.
Dites-le comme une entrée, pas comme un préambule
Le réflexe est de lancer le Notre Père d'un souffle pour arriver aux dizaines, là où l'on croit que le chapelet commence vraiment. La lettre de 2002 dit l'inverse : c'est lui qui fonde la méditation qui suit, et elle invite, avant lui, à « s'arrêter pendant un temps significatif pour fixer le regard sur le mystère médité ». Essayez : un silence après l'énoncé du mystère, le Notre Père dit lentement, puis les dix Je vous salue Marie. La dizaine cesse d'être une file de prières à passer.
Ce rythme se tient d'autant mieux qu'on a le chapelet entre les doigts : le grain isolé du Notre Père se reconnaît au toucher, et il indique où l'on en est sans qu'on ait à regarder. Si vous cherchez lequel prendre, nos chapelets catholiques sont classés par forme, par matière et par couleur. Sur le chapelet médaille, la place du Pater est tenue par un disque plat gravé dont le relief se sent sous le pouce ; sur un dizainier, il n'y a qu'un grain de Pater pour dix Ave, impossible à manquer.
Les textes complets des quatre prières du chapelet, signe de croix, Credo, Notre Père, Je vous salue Marie et Gloire au Père, sont réunis dans notre page sur le Pater et l'Ave Maria.
Nos sources
- Église catholique en France, Notre Père : le texte de la prière et la traduction entrée en vigueur le 3 décembre 2017 (nouvelle fenêtre) source d'Eglise
- Vatican, Les mystères du saint Rosaire : l'ordre de la dizaine et l'ouverture donnée par le Saint-Siège (nouvelle fenêtre) source d'Eglise
- Jean-Paul II, Rosarium Virginis Mariae, lettre apostolique du 16 octobre 2002 : paragraphes 31 (le silence), 32 (le Notre Père) et 38 (la répartition dans le temps) (nouvelle fenêtre) source d'Eglise
- Église catholique en France, Le Rosaire : (PDF) : l'ordre des prières d'ouverture dans l'usage français (nouvelle fenêtre) source d'Eglise
- AELF, Évangile selon saint Matthieu, chapitre 6 : la traduction liturgique des versets 9 à 13 (nouvelle fenêtre) texte liturgique
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