Pratique

Saint Rosaire : d'où vient ce nom, et ce qu'il désigne

Publié le 6 min de lecture

Sommaire
  1. En bref
  2. « Saint Rosaire » ne désigne pas un saint
  3. D'où vient cette manière de nommer la prière
  4. Où ce nom s'emploie encore
  5. Ce que ce nom recouvre
  6. Ce que le mot « saint » ne promet pas
  7. Questions fréquentes
  8. Un nom solennel, une pratique de cinq dizaines

Le saint Rosaire n'est pas un saint qui s'appellerait Rosaire : c'est le nom solennel de la prière du rosaire. L'adjectif porte sur la prière elle-même, comme dans « le saint Sacrifice de la messe » ou « le saint Nom de Jésus ». Ce n'est pas non plus une tournure désuète : le Saint-Siège intitule encore « Le Saint Rosaire » la section de son site consacrée à cette prière. Saint Rosaire et rosaire désignent exactement la même chose.

En bref

  • « Saint Rosaire » est un titre d'honneur donné à une prière, pas le nom d'une personne. Aucun saint Rosaire ne figure au calendrier.
  • L'usage est vivant : le Saint-Siège et le Directoire sur la piété populaire l'emploient tous les deux. On rencontre aussi « très saint Rosaire », que rien ne distingue de l'autre forme.
  • Rosaire veut dire couronne de roses, chaque prière valant une rose offerte à la Vierge.
  • Le 7 octobre, le calendrier romain fête Notre-Dame du Rosaire : la mémoire nomme Marie, pas la prière.

« Saint Rosaire » ne désigne pas un saint

Un titre d'honneur donné à une prière

C'est la confusion qui amène le plus souvent ici : on cherche la fiche d'un saint, il n'y en a pas. L'adjectif qualifie l'exercice de piété, et l'usage est officiel : le Saint-Siège titre sa page « Les Mystères du Saint Rosaire », et le Directoire sur la piété populaire écrit que « l'Église manifeste son estime à l'égard de la prière du saint Rosaire ».

Cette prière porte une demi-douzaine de noms tous équivalents, du rosaire marial au Psautier de la Vierge : ils sont passés en revue dans le rosaire de Marie, la page mère de la série.

« Très saint Rosaire », la forme superlative

On tombe aussi sur « très saint Rosaire », surtout dans la littérature spirituelle : saint Louis Marie Grignion de Montfort a intitulé son traité Le secret admirable du très saint Rosaire pour se convertir et se sauver, que Rosarium Virginis Mariae cite en note. Ce superlatif ne désigne ni une variante, ni une forme plus efficace : la même prière, dite avec plus de solennité.

Rosaire veut dire couronne de roses

Le mot vient de l'usage médiéval de couronner de roses les statues de la Vierge, chaque rose valant une prière. L'image explique la forme : on ne dit pas une phrase, on tresse une suite.

D'où vient cette manière de nommer la prière

Le nom s'est fixé avec la forme, et ce sont les dominicains qui l'ont porté : Jean-Paul II rappelle que cette prière a été utilisée « spécialement par les Dominicains ». Ils l'ont diffusée, et avec elle son vocabulaire solennel.

L'attribution de la forme reçue avant 2002, celle à quinze mystères, est la mieux établie du côté du dominicain Alain de la Roche, qui fonde en 1470 la Confrérie du psautier de la Vierge Marie, saint Pie V fixant ces quinze mystères en 1569 : c'est ce que retient la fiche PDF Le Rosaire de l'Église catholique en France. Le même émetteur en donne pourtant une autre sur son site, un chartreux nommé Dominique de Prusse, dès 1409 à Trèves : nous signalons l'écart plutôt que de trancher en silence, et le fil complet est dans l'histoire du chapelet.

Où ce nom s'emploie encore

Le 7 octobre, mais sous un autre titre

Beaucoup cherchent « la fête du Très Saint Rosaire » et trouvent autre chose : le calendrier romain inscrit au 7 octobre la mémoire de Notre-Dame du Rosaire. Le saint Rosaire est le nom de la prière, Notre-Dame du Rosaire celui de Marie à qui on la confie, et ce que cette fête célèbre est repris dans Notre-Dame du Rosaire.

Les confréries et le sanctuaire de Pompéi

La forme solennelle a surtout survécu là où des groupes se sont donné cette prière pour règle : la confrérie fondée par Alain de la Roche en 1470 a essaimé en confréries du Rosaire dans toute l'Europe, et le nom leur est resté.

Le lieu qui le porte le plus visiblement est Pompéi. Bartolo Longo s'y est senti appelé, écrit Rosarium Virginis Mariae, « à construire à Pompéi un sanctuaire dédié à la Vierge du Saint Rosaire », et il y composa en 1883 la Supplique à la Reine du Saint Rosaire, encore récitée deux fois l'an. La lettre l'appelle « le bienheureux » parce qu'elle date de 2002 : il a depuis été canonisé, le 19 octobre 2025, par le pape Léon XIV.

Ce que ce nom recouvre

Le contenu, lui, ne change pas avec le nom : vingt mystères en quatre séries, joyeux, lumineux, douloureux et glorieux, depuis que Jean-Paul II a ajouté les lumineux le 16 octobre 2002. Le détail est posé dans la définition du rosaire, et la série de chaque jour dans quels mystères quel jour.

Ce que le mot « saint » ne promet pas

Le titre impressionne, et il arrive qu'on le lise comme une garantie : une prière plus forte que les autres, qui obtiendrait ce qu'elles n'obtiennent pas. La demande derrière cette lecture est sérieuse, on ne se met pas au saint Rosaire pour rien.

De fait, Rosarium Virginis Mariae écrit que l'Église « a toujours reconnu à cette prière une efficacité particulière », en lui confiant « les causes les plus difficiles ». Ce qu'aucun texte ne donne, c'est une promesse de résultat : la même lettre place la valeur du rosaire ailleurs, dans « une prière dont le centre est christologique », qui fait regarder le Christ avec les yeux de sa mère. Ce que recouvre cette réputation est examiné dans le pouvoir du chapelet.

Questions fréquentes

Y a-t-il un saint qui s'appelle Rosaire ?

Non, aucun ne figure au calendrier romain. Le mot « saint » qualifie ici une prière, pas une personne, comme dans « le saint Sacrifice de la messe ».

Saint Rosaire et rosaire, est-ce la même prière ?

Oui, mot pour mot la même. « Saint Rosaire » en est la forme solennelle, celle qu'emploient les pages du Saint-Siège.

Quelle différence entre le saint Rosaire et le chapelet ?

Le saint Rosaire, ce sont les vingt mystères. Le chapelet en est la portion habituelle, cinq dizaines, et le mot désigne aussi l'objet qu'on tient pour compter : c'est tout l'objet de la différence entre chapelet et rosaire.

Un nom solennel, une pratique de cinq dizaines

Le nom fait plus d'effet que la chose n'en demande : le saint Rosaire ne se prie presque jamais d'un bloc, on prend la série du jour et on tient cinq dizaines. Pour cela il faut un compteur sous les doigts : nos chapelets sont classés par forme, par matière et par couleur. Si vous vous en tenez d'abord à une dizaine, un dizainier suffit, comme le dizainier saint Benoît, dix grains d'Ave et un grain de Pater.