Le chapelet de Marie qui défait les nœuds : quel objet, et ce que dit l'Église
Fiche du chapelet
- Nombre d'éléments
- Aucun objet propre ; 59 grains
- Disposition
- Aucune disposition propre à la dévotion : un chapelet ordinaire en 5 dizaines, récité en deux segments, les trois premières dizaines, la méditation du jour, puis les deux dernières.
- Sur chaque grain
- Aucune invocation propre à cette dévotion n'est attachée à un grain : on prie le chapelet ordinaire, Notre Père sur les gros grains, Je vous salue Marie sur les petits, Gloire au Père aux jonctions. La « Prière à Marie qui défait les nœuds » se dit une seule fois, à la fin, hors chapelet.
- Origine
- Un tableau, « Maria Knotenlöserin », peint vers 1700 par Johann Georg Melchior Schmidtner pour l'église Saint-Pierre am Perlach à Augsbourg, et non une apparition.
- Statut ecclésial
- Aucune apparition, aucun voyant, aucun message : la dévotion naît d'un tableau, et son fondement relève du magistère ordinaire. Le diocèse d'Augsbourg diffuse une neuvaine et des diocèses français la relaient : ni décret d'approbation, ni imprimatur.
- Objet requis
- Un chapelet ordinaire, 59 grains en 5 dizaines : les cinq dizaines marquent d'elles-mêmes l'endroit où la neuvaine se coupe, ce qu'un dizainier ne fait pas.
Sommaire
- Ce qu'est cette dévotion
- La structure : deux traditions, aucun objet spécifique
- La structure à 21 grains, et pourquoi elle ne tient pas
- Ce qui se dit sur chaque grain
- L'origine, datée
- Comment le pape a connu l'image : quatre versions
- Qui a écrit la « Prière à Marie qui défait les nœuds »
- Le statut ecclésial, sans arrondi
- Quel chapelet prendre
- Ce que nous n'avons pas pu établir
Marie qui défait les nœuds est une dévotion mariale née d'un tableau, pas d'une apparition.
Elle se pratique sous forme de neuvaine, et elle n'a pas de chapelet propre.
Aucune source d'Église ne décrit un nombre de grains ni une disposition spécifiques à cette dévotion.
Le chapelet que la neuvaine demande est le chapelet ordinaire : 59 grains, 53 Ave et 6 Pater, en 5 dizaines.
Cette page donne ce que prescrivent les textes diocésains, l'origine datée du tableau, et le statut exact de la dévotion, y compris ce qui n'est pas établi.
Ce qu'est cette dévotion
Un tableau, « Maria Knotenlöserin », conservé à l'église Saint-Pierre am Perlach à Augsbourg, en Bavière.
Le diocèse d'Augsbourg décrit l'image comme un Gnadenbild, une image de grâce.
Il n'y a ni voyant, ni message, ni révélation privée. Cette dévotion n'est pas une dévotion d'apparition. C'est une différence de nature avec les dévotions issues d'apparitions, et elle change toute la question du statut.
Son fondement relève du magistère ordinaire.
Saint Irénée de Lyon, dans Adversus haereses III, 22, 4, écrit que le nœud de la désobéissance d'Ève a été délié par l'obéissance de Marie, et que ce que la vierge Ève avait lié par son incrédulité, la vierge Marie l'a délié par sa foi.
Vatican II reprend l'image dans Lumen gentium 56.
Le livret du diocèse d'Augsbourg reproduit un texte du pape François, daté du 12 octobre 2013, qui cite Lumen gentium 56 puis Adversus haereses III, 22, 4 l'un après l'autre.
La dévotion est du XVIIIe siècle, l'idée est du IIe.
La structure : deux traditions, aucun objet spécifique
Certaines dévotions ont bien un objet qui leur est propre.
Le chapelet des Sept Douleurs compte 52 grains et 7 médailles, soit 59 éléments en sept septénaires. Celui des Larmes de Sang compte 49 grains, en sept groupes de sept. Marie qui défait les nœuds n'est pas de celles-là.
Les sources d'Église divergent sur la pratique.
Ce ne sont pas des erreurs de l'une ou de l'autre : ce sont deux traditions de diffusion, l'argentine et l'allemande.
| Version française et argentine | Version allemande | |
|---|---|---|
| Qui la publie | Le diocèse de Lille et le Centre Nord en Alberta, qui publient le même déroulé en six points ; la paroisse Notre-Dame des Enfants à Nîmes, qui publie la prière finale et célèbre une messe mensuelle le premier vendredi | L'Institut für Neuevangelisierung du diocèse d'Augsbourg, livret daté du 22 avril 2015 |
| Chapelet | Le chapelet ordinaire, 59 grains, 53 Ave et 6 Pater, en 5 dizaines | Aucun chapelet |
| Volume de prière quotidien | 5 dizaines | Un Notre Père, un Je vous salue Marie, un Gloire au Père |
| Durée | 9 jours | 9 jours |
Version française et argentine, déroulé quotidien :
- Signe de croix.
- Acte de contrition.
- Les trois premières dizaines du chapelet.
- Lecture de la méditation propre au jour, du premier au neuvième.
- Les deux dernières dizaines du chapelet.
- La « Prière à Marie qui défait les nœuds ».
Le chapelet est donc coupé en deux segments, trois puis deux, avec la méditation au milieu. C'est le seul élément de disposition propre à cette dévotion, et il porte sur l'ordre de récitation, pas sur l'objet. Le détail de la coupure sur les grains est dans les trois premières et les deux dernières dizaines.
Version allemande, déroulé quotidien : signe de croix, prière quotidienne, contemplation de l'image (Gotteslob, partie diocésaine d'Augsbourg, GL 700), méditation, une prière à Marie du pape François, puis un Notre Père, un Je vous salue Marie et un Gloire au Père, et le cantique « Maria vom Knoten ».
Soit trois prières vocales là où la version française en compte cinq dizaines.
La structure à 21 grains, et pourquoi elle ne tient pas
Plusieurs marchands français décrivent l'objet comme « sept groupes de trois perles », soit 21 grains.
Cette structure est arithmétiquement incompatible avec la neuvaine que les diocèses prescrivent : on ne récite pas cinq dizaines sur 21 grains.
Aucune source d'Église ne la mentionne.
La contradiction est d'ailleurs interne à la page du vendeur, dont le même résumé annonce sept groupes de trois puis décrit la neuvaine en trois dizaines suivies de deux dizaines.
Ce qui se dit sur chaque grain
Aucune invocation propre à cette dévotion n'est attachée à un grain.
Dans la version française, on prie le chapelet ordinaire : Notre Père sur les gros grains, Je vous salue Marie sur les petits, Gloire au Père aux jonctions.
La « Prière à Marie qui défait les nœuds » se dit une seule fois, à la fin, hors chapelet.
La méditation du jour se lit entre la troisième et la quatrième dizaine, hors chapelet elle aussi.
Dans la version allemande, aucun grain n'est en jeu.
Sur cette dévotion, ce n'est donc pas le grain qui porte la spécificité, c'est l'ordre de récitation et la prière finale.
L'origine, datée
Le tableau. « Maria Knotenlöserin », église Saint-Pierre am Perlach à Augsbourg, peint vers 1700 par le peintre augsbourgeois Johann Georg Melchior Schmidtner.
Les sources allemandes écrivent « um 1700 », vers 1700.
Le commanditaire. Hieronymus Ambrosius Langenmantel (1641-1718), patricien d'Augsbourg et chanoine du chapitre de Saint-Pierre.
Le livret du diocèse le désigne comme « der Kanoniker », le chanoine.
Le motif. Le diocèse d'Augsbourg l'écrit dans son propre livret : Langenmantel fit peindre l'image en action de grâce, parce qu'une crise conjugale de son grand-père avait connu une issue heureuse.
Selon katholisch.de et Wikipédia en allemand, le grand-père, au bord de la séparation, avait consulté le jésuite Jakob Rem à Ingolstadt, qui pria devant une image de Marie en déclarant qu'il déliait tous les nœuds du lien conjugal.
Le mariage tint jusqu'à la mort.
La diffusion, en 1986. Jorge Mario Bergoglio séjourne alors plusieurs mois en Allemagne pour sa thèse.
Selon katholisch.de, une religieuse lui envoie à Noël une carte portant l'image, et c'est ce qui déclenche son intérêt.
Il fait ensuite diffuser l'image à Buenos Aires, ses séminaristes distribuant des cartes dans les quartiers pauvres.
Le livret du diocèse d'Augsbourg donne une autre version de cette rencontre, examinée plus bas.
Le sanctuaire argentin. Une copie peinte par Ana Betta de Berti est installée en l'église San José del Talar à Buenos Aires le 8 décembre 1996.
Depuis, le 8 de chaque mois y est jour de la dévotion.
La neuvaine, en 1997. Selon la paroisse Notre-Dame des Enfants de Nîmes, c'est le père Juan-Ramón Celeiro, « curé d'une paroisse populaire de la périphérie de Buenos Aires », qui écrit les prières rassemblées en neuvaine.
Comment le pape a connu l'image : quatre versions
Le point est disputé, et un document diocésain y est contredit par le pape lui-même.
| Source | Ce qu'elle dit |
|---|---|
| Livret du diocèse d'Augsbourg, version du 22 avril 2015 | En 1986, il a découvert l'image à Augsbourg et a rapporté en Argentine un certain nombre de cartes la représentant |
| katholisch.de, article « Maria Knotenlöserin » | Bergoglio a visité l'image de grâce lorsqu'il était, dans les années 1980, hôte des jésuites à Augsbourg |
| Le pape François, entretien à Die Zeit, mars 2017 | « Ich war nie in Augsburg », je n'ai jamais été à Augsbourg |
| katholisch.de, « Schöne Legende », 12 mars 2017 | En 1986, alors qu'il travaillait à sa thèse en Allemagne, une religieuse lui a envoyé à Noël une carte portant l'image |
| Les marchands français | Datent la rencontre de 1983 |
Deux conséquences.
La version « il a vu le tableau à Augsbourg » est démentie par l'intéressé, dans un démenti postérieur de deux ans au livret : elle n'est pas retenue ici.
Et la date de 1983, celle que retient le marché, n'est soutenue par aucune source d'Église.
Qui a écrit la « Prière à Marie qui défait les nœuds »
La quasi-totalité du marché l'attribue au pape François.
Le livret du diocèse d'Augsbourg contient bien des prières du pape François, mais ce sont des textes pontificaux datés et identifiables : le texte du 12 octobre 2013, Evangelii gaudium 288, un texte du 8 décembre 2014.
Ce ne sont pas les prières de la neuvaine argentine.
Ce qui est sourçable est donc ceci : la neuvaine diffusée en français est attribuée au père Celeiro, en 1997, par une source paroissiale française.
Le statut ecclésial, sans arrondi
- Aucune apparition. Cette dévotion naît d'un tableau. Aucun voyant, aucun message.
- L'image est un Gnadenbild, une image de grâce, à Saint-Pierre am Perlach.
- Le fondement théologique relève du magistère ordinaire : saint Irénée, repris par Lumen gentium 56.
- Le diocèse d'Augsbourg diffuse une neuvaine, éditée par son Institut für Neuevangelisierung (compilation : Veronika Ruf). C'est une diffusion diocésaine, pas un décret d'approbation, et pas un imprimatur. Le livret n'en porte aucun.
- En France, la neuvaine est relayée par des diocèses, dont Lille, et par des paroisses, dont Notre-Dame des Enfants à Nîmes. C'est un relais pastoral, pas une approbation formelle.
La couronne, et ce qu'il ne faut pas en conclure
Fin mai 2021, le pape François a fait réaliser une couronne par les joailliers Fratelli Savi, l'a bénie et en a couronné une copie de l'image, dans les jardins du Vatican.
Il l'a remise à Mgr Bertram Meier, évêque d'Augsbourg, qui l'a fixée près de l'original à Saint-Pierre am Perlach le 25 mai 2022.
Le communiqué du diocèse d'Augsbourg décrit donc une couronne posée sur une copie à Rome, puis fixée à côté de l'original à Augsbourg.
Il ne mentionne aucun couronnement canonique. Les formules « image couronnée » et « couronnement canonique » vont au-delà de la source.
Les indulgences
L'Enchiridion Indulgentiarum de 1999 ne mentionne aucune indulgence attachée à cette dévotion.
C'est un constat de lecture, pas une négation absolue.
Quel chapelet prendre
Un chapelet ordinaire. C'est ce que la neuvaine demande, et c'est la seule chose que les sources d'Église prescrivent.
Un objet vendu sous le nom « Marie qui défait les nœuds » est donc un chapelet ordinaire, 59 grains, 53 Ave et 6 Pater en 5 dizaines, que seule sa médaille centrale rattache à la dévotion.
Le détail du décompte est dans notre article sur le nombre de grains d'un chapelet et leur disposition.
Une précision utile : la neuvaine se coupe en deux, trois dizaines puis deux.
Un chapelet à cinq dizaines marque de lui-même l'endroit où vous vous êtes arrêté. Un dizainier ne le fait pas.
Nos collections : chapelets et dizainiers.
Si vous souhaitez faire bénir le vôtre, la bénédiction se demande à un prêtre et elle est gratuite.
Nous expliquons comment dans faire bénir un chapelet.
Ce que nous n'avons pas pu établir
- La date exacte du tableau. Les sources écrivent « vers 1700 ». Écrire « peint en 1700 » serait plus précis que la source.
- Le moment où le pape a reçu la carte. katholisch.de le place en 1986, pendant son séjour d'études. Wikipédia en allemand le place plus tard, lorsqu'il était archevêque de Buenos Aires. Nous retenons 1986 et nous signalons l'écart.
- Tout imprimatur. Aucun sur les livrets consultés, français comme allemand.
- La date de rédaction de la neuvaine. La paroisse de Nîmes écrit 1997. D'autres sources, non ecclésiales, donnent 1994. Nous retenons la source paroissiale et nous signalons l'écart.
- Le contenu des objets vendus par les autres maisons. Nous ne l'avons pas mesuré.
L’objet
Ce que cette dévotion demande comme objet
Ce qu’il vous faut
Un chapelet ordinaire, 59 grains en 5 dizaines : les cinq dizaines marquent d'elles-mêmes l'endroit où la neuvaine se coupe, ce qu'un dizainier ne fait pas.
À lire ensuite
Comment faire un chapelet : les grains à réunir, et le montage
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Le chapelet du Saint-Esprit : trois objets portent ce nom, un seul a une structure complète
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Le chapelet du Sacré-Coeur : 33 grains, et une disposition qui varie selon les modèles
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Nos sources
Dernière vérification le
- Diocèse de Lille, Neuvaine à Marie qui défait les Nœuds (PDF) (nouvelle fenêtre) source d'Église
- Paroisse Notre-Dame des Enfants, Nîmes, Prier Notre-Dame qui défait les nœuds (PDF) (nouvelle fenêtre) source d'Église
- Centre Nord, Alberta, Neuvaine à Marie qui défait les nœuds (PDF) (nouvelle fenêtre) source d'Église
- Diocèse d'Augsbourg, Institut für Neuevangelisierung, Novene zu Maria Knotenlöserin mit Gebeten von Papst Franziskus, version du 22 avril 2015 (PDF) (nouvelle fenêtre) source d'Église
- Diocèse d'Augsbourg, Papst-Krone ziert künftig das Gnadenbild (nouvelle fenêtre) source d'Église
- Saint Irénée de Lyon, Adversus haereses, livre III, chapitre 22, section 4 (nouvelle fenêtre) source d'Église
- katholisch.de, Maria Knotenlöserin (nouvelle fenêtre) média catholique
- katholisch.de, Schöne Legende, 12 mars 2017 (nouvelle fenêtre) média catholique
- katholisch.at, Papst Franziskus im Zeit-Interview, 9 mars 2017 (nouvelle fenêtre) média catholique
- Maria Knotenlöserin, Wikipédia en allemand (nouvelle fenêtre) encyclopédie
- St. Peter am Perlach (Augsburg), Wikipédia en allemand (nouvelle fenêtre) encyclopédie
- AugsburgWiki, Sankt Peter am Perlach (nouvelle fenêtre) encyclopédie
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