Trois dizaines, puis deux dizaines : cela fait cinq. Un chapelet en compte cinq.
L'instruction ne vous demande donc pas de réciter un morceau de chapelet, mais un chapelet entier, coupé en deux par une lecture.
Cette formule ne sort pas de nulle part. Elle vient d'un texte précis, et ce texte est consultable.
Voici lequel, ce qu'il dit mot pour mot, et où vous vous trouvez sur les grains au moment de la coupure.
L'instruction vient de la neuvaine à Marie qui défait les nœuds
Le diocèse de Lille diffuse le texte de cette neuvaine. Il énumère sept étapes, à reprendre chaque jour pendant neuf jours.
- Faire le signe de croix.
- Réciter l'acte de contrition.
- Prier les trois premières dizaines du chapelet.
- Lire la méditation propre à chaque jour de la neuvaine (du premier au neuvième jour).
- Prier ensuite les deux dernières dizaines de chapelet.
- Terminer avec la « Prière à Marie qui défait les nœuds ».
- Faire le signe de croix.
Le même document lève l'ambiguïté dans sa note finale : « tu pries le chapelet en entier, tu pries 3 fois 10 "Je vous salue Marie", ensuite comme c'est indiqué, tu dis la prière du jour, ensuite tu pries les 2 dernières dizaines du "Je vous salue Marie" et ainsi de suite ».
Le chapelet est entier. La méditation du jour s'intercale entre la troisième et la quatrième dizaine. Elle ne remplace rien.
Où vous êtes sur les grains au moment de la coupure
Un chapelet de cinq dizaines compte 53 grains d'Ave et 6 grains de Pater, soit 59 grains.
Ils se répartissent en deux parties : 5 grains sur la chaînette de tête, 54 dans la boucle.
Aucun texte d'Église ne fixe ce compte : c'est un fait d'usage, et nous décrivons donc ce qui se fabrique.
| Partie de l'objet |
Grains |
Détail |
| Chaînette de tête |
5 |
1 Pater, 3 Ave, 1 Pater |
| Boucle |
54 |
50 Ave en 5 dizaines, et 4 Pater |
| Total |
59 |
53 Ave, 6 Pater |
Le second gros grain de la chaînette sert deux fois : il termine l'entrée en prière et il porte le Notre Père de la première dizaine.
Il ne reste donc que quatre gros grains dans la boucle, pour les dizaines 2 à 5.
La cinquième dizaine se referme sur la médaille de jonction, qui n'est pas un grain.
Ce que cela change au moment de commander : le total ne suffit pas à décrire l'objet.
Le chapelet des Sept Douleurs totalise lui aussi 59 éléments, et ce n'est pas le même objet.
C'est la disposition qu'il faut demander : la chaînette de tête et la boucle, données séparément.
L'ordre des prières, lui, ne change pas.
| Segment |
Grains |
Ce qu'on y dit |
| La croix |
aucun grain |
Le signe de croix, puis le Credo |
| Le grain isolé |
1 Pater |
Le Notre Père |
| Les trois grains groupés |
3 Ave |
Trois Je vous salue Marie |
| À la fin des trois grains groupés |
aucun grain |
Le Gloire au Père |
| Le second gros grain, sous la médaille |
1 Pater |
Le Notre Père de la première dizaine |
| La première dizaine |
10 Ave |
Dix Je vous salue Marie, puis un Gloire au Père |
| Chacune des quatre dizaines suivantes |
1 Pater + 10 Ave |
Un Notre Père, dix Je vous salue Marie, un Gloire au Père |
Une nuance sur ce second gros grain : le diocèse de Périgueux et Sarlat y lit un Gloire au Père.
Le diocèse de Nantes y lit un Notre Père, et c'est le vocabulaire que nous gardons, sans trancher.
La feuille de catéchèse du diocèse de Lille ajoute la prière de Fatima après le Gloire au Père, à la fin de chaque série de Je vous salue Marie.
Au moment où vous vous arrêtez, vous avez parcouru le grain isolé, les trois grains groupés, puis trois dizaines complètes.
Soit 4 grains de Pater et 33 grains d'Ave : 37 grains derrière vous, 22 devant.
Restent devant vous les deux dernières dizaines : 2 grains de Pater et 20 grains d'Ave.
Vous vous arrêtez sur le Gloire au Père de la troisième dizaine. Le grain suivant sous le pouce est celui du quatrième Notre Père.
C'est là que vous reprenez après la méditation. Vous n'avez rien à recompter.
Sur 699 fiches produit relevées chez 14 marchands français le 1er août 2026, le nombre de grains n'était publié sur aucune.
Nous publions le nombre de grains et leur disposition.
Le détail du décompte est dans notre article sur le nombre de grains d'un chapelet et leur disposition.
Un chapelet n'est pas un rosaire, et c'est ce qui trouble
La confusion vient de là. Le mot chapelet désigne l'objet, et aussi la prière de cinq dizaines qu'on y récite.
Le rosaire désigne l'ensemble des séries de mystères.
La feuille de catéchèse du diocèse de Lille en recense vingt, depuis que Jean-Paul II a ajouté les mystères lumineux dans sa lettre apostolique Rosarium Virginis Mariae, du 16 octobre 2002.
Trois dizaines plus deux dizaines, ce sont donc les cinq dizaines d'un chapelet, pas une fraction de rosaire.
Le même texte pontifical prend acte de cet usage au numéro 38 : « beaucoup ne pourront en réciter qu'une partie, selon un certain ordre hebdomadaire ».
Il écrit aussi, au même endroit, que le rosaire « peut être récité intégralement chaque jour, et nombreux sont ceux qui le font de manière louable ».
Nous détaillons la distinction dans chapelet ou rosaire.
Les variantes du texte, et celle qui change quelque chose
La neuvaine circule en plusieurs versions. Les écarts sont mineurs, sauf un.
- Le diocèse de Lille écrit « Prier les trois premières dizaines du chapelet ». Étoile Notre Dame écrit « Réciter les trois premières dizaines du chapelet ». Même geste.
- Le site SOS Saint Joseph prévoit un aménagement : « Pour ceux qui ont peu de disponibilité, remplacer la formule "dizaine de chapelet" par la formule "1 Je vous salue Marie" ». Trois Je vous salue Marie, la méditation, deux Je vous salue Marie. Ce n'est plus un chapelet, et le texte ne le présente pas comme tel.
Nous n'avons trouvé aucune version qui place la coupure ailleurs qu'entre la troisième et la quatrième dizaine.
Ce que le texte ne dit pas
Il ne dit rien des mystères.
Les cinq dizaines sont prescrites, la méditation du jour aussi, mais le texte diffusé par le diocèse de Lille ne contient pas une seule mention des mystères : ni lesquels annoncer, ni s'il faut les annoncer.
La répartition hebdomadaire ordinaire, telle que la publie le diocèse de Lille, attribue les mystères joyeux au lundi et au samedi, les lumineux au jeudi, les douloureux au mardi et au vendredi, les glorieux au mercredi et au dimanche.
La neuvaine ne demande ni de la suivre ni de la laisser. Elle est muette.
Elle ne fixe pas non plus de date de départ, ni de période de l'année.
« Dizaine » ne veut pas dire la même chose sur tous les chapelets
Sur un chapelet à cinq dizaines, « la troisième dizaine » désigne un segment précis de la chaîne.
Sur d'autres chapelets, l'expression n'a pas d'objet.
- Le chapelet des Sept Douleurs compte 52 grains et 7 médailles, soit 59 éléments, disposés en sept septénaires. Il n'a aucune dizaine. Des indulgences lui ont été accordées par Benoît XIII le 26 septembre 1724, puis par Clément XII en décembre 1734. La date exacte de ce second décret est discutée, et le régime des indulgences a été refondu depuis : nous examinons les deux points dans la page qui lui est consacrée.
- Le chapelet des Larmes de Sang compte 49 grains, en sept groupes de sept, et ne comporte aucun Je vous salue Marie.
Deux de ces objets totalisent 59 éléments comme le chapelet ordinaire. Aucun des trois ne se prie de la même façon.
Un total ne suffit jamais : c'est la disposition qui dit ce qu'on tient.
Si vous priez sur un dizainier
Un dizainier compte dix grains.
Il ne simplifie pas cette neuvaine : les trois premières dizaines vous demandent trois tours, les deux dernières deux tours, et rien sur l'objet ne marque où vous vous êtes arrêté.
Pour une prière qui se coupe en deux, un chapelet à cinq dizaines garde la position que le dizainier ne garde pas.
Vous trouverez ce que nous proposons dans nos collections chapelets et dizainiers.
Ce que nous n'avons pas pu établir
Sur l'origine de la dévotion, voici ce que dit la source allemande.
Le tableau Maria Knotenlöserin est conservé à l'église Saint-Pierre am Perlach, à Augsbourg.
Il est de Johann Georg Melchior Schmidtner, et il a été donné pour l'autel de la Mère du Bon Conseil par Hieronymus Ambrosius Langenmantel (1641-1718), patricien d'Augsbourg et chanoine du chapitre Saint-Pierre.
Deux dates circulent, et elles ne portent pas sur la même chose : le texte date la donation de 1700, sa fiche date le tableau « um 1700 », vers 1700.
Nous n'écrivons pas plus précis, et nous ne donnons pas de dates pour le peintre, que cette source ne donne pas.
C'est Jorge Mario Bergoglio, devenu le pape François, qui a fait diffuser l'image en Argentine.
Une copie peinte par Ana Betta de Berti se trouve en l'église San José del Talar, à Buenos Aires, depuis le 8 décembre 1996.
La date et les circonstances de sa rencontre avec l'image sont en revanche disputées, et nous en donnons les versions dans Marie qui défait les nœuds.
Sur le texte de la neuvaine, la source la plus solide est paroissiale.
La paroisse Notre-Dame des Enfants, à Nîmes, écrit que c'est en 1997 que le père Juan-Ramón Celeiro, « curé d'une paroisse populaire de la périphérie de Buenos Aires », a écrit les prières rassemblées en neuvaine.
D'autres sources, non ecclésiales, donnent 1994. Nous retenons la source d'Église et nous signalons l'écart.
Sur le statut : nous n'avons relevé aucun imprimatur ni aucune approbation formelle sur les versions consultées. Ce n'est pas une anomalie.
Il s'agit d'une prière de dévotion privée, pas d'un texte liturgique, et rien n'exige qu'elle en porte un.
Elle est en revanche diffusée par des diocèses, dont celui de Lille.
Aucune apparition n'est en cause ici : cette dévotion repose sur une image et sur une piété populaire, pas sur une révélation reconnue.